Témoignage : “La mort d’un enfant, c’est votre vie qui s’arrête”

Le 30 janvier 2020, la ministre du travail, Muriel Pénicaud, et les députés La République en Marche avaient choqué l’opinion en se prononçant contre le projet de loi visant à faire passer de 5 à 12 jours le congé de deuil parental après le décès d’un enfant. En France, 4 500 familles sont touchées par la perte d’un enfant chaque année selon le rapporteur de cette loi, le député du Nord Guy Bricout.  En Faits a rencontré Nicole Bouverne, 58 ans, dont le fils est décédé en 1994, 5 mois après sa naissance.

La mort d’un enfant, “un cataclysme dans une famille”

“Baptiste est né en 1993. Le 27 avril 1994, il est mort chez la nourrice. Il a fait, ce qu’on appelle maintenant, une mort inattendue du nourrisson. C’est quelque chose auquel on ne s’attendait pas du tout, on n’en avait jamais entendu parler, ça a été un cataclysme dans la famille. On était en état de sidération total. J’avais déjà un grand garçon, Romain, qui avait 2 ans et demi à qui il a fallu expliquer les choses, ça a été un petit peu compliqué. Et en même temps je pense que c’est en lui expliquant qu’on a dû mettre des mots sur la mort de ce petit garçon et ça nous a permis d’accepter et d’avancer.”

Baptiste est mort du syndrome de mort inattendue du nourrisson alors que rien dans ses antécédents connus ne pouvait le laisser présager. Avec la voix qui tremble, Nicole raconte ce traumatisme. 

“La mort d’un enfant comme ça, il y a une image assez parlante, c’est comme si vous étiez dans un TGV et puis tout d’un coup il y a un mur, le TGV se prend le mur et c’est votre vie qui s’arrête. Cela va faire 26 ans au mois d’avril et c’est toujours un petit peu présent.”

Pour Nicole le deuil est un long processus propre à chacun

“On ne peut pas dire que le deuil commence et s’arrête. Du jour au lendemain c’est un cataclysme terrible, vous ne comprenez pas ce qui se passe. Vous êtes dans un espèce d’état cotonneux pendant des jours et des jours. Je me souviens que quand je rentrais chez moi, je me trompais de route. Et puis forcément, petit à petit, les choses avancent. Moi j’ai voulu reprendre le travail tout de suite, donc par le quotidien forcément on avance. Et puis les premiers anniversaires, les premiers Noëls, les premières fêtes des mères, les un an, l’anniversaire du décès, au fur et à mesure vous avancez. Je ne sais pas si un jour on peut dire que le deuil est fini, mais on avance.”

“Le débat autour de ce que ça coûte, ça a un côté assez douloureux pour les familles.”

La polémique ouverte la semaine passée à l’Assemblée nationale fait rejaillir de vieilles souffrances. Cinq, douze ou quinze jours comme les députés l’ont proposé, un répit qui peut paraître dérisoire pour ces parents qui ont perdu leurs enfants.

“Je me dis que ce serait bien que les gens aient droit à ce congé, parce que c’est vrai qu’en plus, dans le cadre d’un décès comme le nôtre, d’une mort qui est inattendue, il y a tellement de choses à faire dans l’immédiat. On n’avait pas de concession au cimetière, on ne savait même pas comment on devait faire, il a fallu trouver un caveau, trouver des pompes funèbres, vous êtes tellement perdus que c’est bien de pouvoir avoir ces quelques jours pour gérer ça. L’idéal, je trouve, c’est que ce congé de deuil soit fractionné, que vous puissiez répartir les jours pour pouvoir prendre des congés quand vous le voulez. Nous, nous avions fait une autopsie. Dans ces cas là vous avez les résultats longtemps après. Et vous avez l’impression de perdre votre enfant à nouveau, c’est de nouveau douloureux et là on aurait besoin de quelques jours.”

Allonger de cinq à douze jours le congé d’un parent en cas de décès de son enfant mineur, la majorité des députés LREM était contre. La ministre du travail, Muriel Pénicaud s’y était opposée le 30 janvier 2020, au motif que le financement de cet acte de solidarité ne devait pas reposer sur les employeurs.

“Le débat autour de ce que ça coûte, a un côté assez douloureux pour les familles. Ce qui peut être intéressant dans ce prolongement du deuil parental, c’est que ça peut ouvrir à la discussion parce que quand vous êtes officiellement en arrêt pour deuil, ça permet d’en parler à vos collègues, parce que quelquefois les collègues n’osent pas aborder le sujet et je pense que ça permet aussi au chef d’entreprise de se rendre compte de ce que cela signifie réellement.”

À la suite de cette « erreur », du propre aveu du gouvernement, le député LREM de Paris, Mounir Mahjoubi, a annoncé, le mardi 11 février, que les députés de la majorité souhaitaient finalement allonger le congé de deuil parental à trois semaines pour tous les actifs.

Maude Petit-Jové

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