Le corona des uns fait le bonheur des autres.

Quel point commun y a t’il entre une usine de thermomètre, Netflix, les anti-cléricaux d’Italie, “la peste” d’Albert Camus, le fenouil du Cap-Vert, le “made in France”, le pholidote à écailles d’Asie, les écolos et les masques respiratoires ? La réponse plane dans l’air depuis quelques semaines. Vous ne l’avez toujours pas ? On vous la donne, il s’agit du Covid-19. Oui oui, vous avez bien lu, patience, on vous explique. 

Usines fermées, vols d’avion supprimés, événement annulés, confinement, vous n’avez pas pu passer à côté, le monde tourne au ralenti depuis que le Coronavirus, autrement appelé “covid-19” s’est développé. Beaucoup ont de bonnes raisons de blâmer ce virus. Mais la balance penche du bon côté pour d’autres. 

Commençons par les thermomètres. Une usine chinoise ferme, une usine française en profite. En Seine-Saint- Marne, une usine a récemment relancé sa production, alors qu’une bonne partie de celle-ci était délocalisée en Chine. Pour Gérard Lux, à la tête de ce centre de production, c’est une bonne nouvelle. Pourquoi pas d’ailleurs, envisager une relocalisation, post Covid-19 ? Le retour du “made in France” ? A méditer. 

Direction le Cap-Vert maintenant, où le corona virus a permis au fenouil d’accroître sa cote de popularité. Venu du Brésil, un message s’est propagé, expliquant qu’un infectologue brésilien recommandait de boire du thé au fenouil deux fois par jour pour lutter contre le coronavirus. Information qui s’est avérée être une fake news, mais pas de quoi arrêter les plus superstitieux. 

Si le virus tue, il contribue aussi à préserver la vie du pholidote à écailles, espèces parmi les plus braconnées au monde. Début février, des chercheurs chinois ont accusé ce petit mammifère d’avoir joué les intermédiaires dans la transmission du covid-19. Avant cela, les braconniers et commerçants vendaient cher sa chair et ses écailles en kératine, ce qui valait à cet animal d’être classé en “danger critique”. Désormais, la peur du Covid-19 a coupé l’appétit des consommateurs, et empêché les échanges commerciaux d’animaux. 

La liste est encore longue de ceux pour qui les retombées du covid-19 sont positives : la relance des ventes du livre “la peste” d’Albert Camus, les écolos qui se félicitent de la baisse de la pollution en Chine et dans le monde, Netflix qui voit la consommation de films et séries augmenter, à cause (grâce) au mesures de confinement et de restriction d’événements, les masques respiratoires qui ne se sont jamais aussi bien vendus, ou encore les anti-cléricaux d’Italie qui se réjouissent de la suppression des offices… Ne dit-on pas que le malheur des uns fait le bonheur des autres ? 

Pas encore de réponse au virus, mais de bonnes questions. 

Le corona virus pourrait-il mener à une dé-mondialisation? La question peut légitimement se poser. L’Occident a eu besoin d’un virus de portée internationale pour se rendre compte que la délocalisation de l’ensemble de sa production en Asie pouvait être problématique. Dans le cas présent, la fermeture de nombre d’usines en Chine empêche une part énorme de produits de voir le jour.  Un maillon de la Chine manque à l’appel et tous les tenants en pâtissent.  Alors, accident de parcours ou occasion de repenser tout un système ? Le corona nous le dira. 

Hélène Decaestecker