Sports d’hiver : la dernière saison ?

Alors que s’achève la période des vacances scolaires d’hiver en France, le bilan est plutôt morose pour les stations de ski françaises. Concurrencée de près par les Etats-Unis, la France reste la première destination mondiale préférée des skieurs notamment pour ses montagnes alpines. Pourtant, les premières conséquences du réchauffement climatique à la montage se font sentir et l’industrie des sports d’hiver pourrait bien se faire surprendre par une douche froide.

C’est une hausse des températures significative qui a sévi en ce début d’année 2020 en France. Au mois de janvier dernier, le pays achevait le premier mois de l’année le plus chaud jamais enregistré depuis le début des relevés de températures. De fait, depuis l’année 1950, les températures augmentent progressivement d’année en année et en 30 ans, le service Météo France a évalué une hausse des températures de 2 degrés dans le massif alpin causant une diminution de l’enneigement allant parfois jusqu’à 3%.
Les évolutions climatologiques ne touchent pas toutes les stations et ce sont davantage celles se situant en basse et moyenne montagne qui sont le plus impactées. A cette altitude, la limite pluie-neige, c’est-à-dire l’altitude à partir de laquelle la pluie devient de la neige et inversement est en effet de plus en plus haute.

Ce changement climatique impose parfois la fermeture prématurée ou définitive des stations de ski. C’est le cas pour la station des Hautes-Navières au Valtin dans les Vosges qui a annoncé le 31 décembre 2019, la fermeture définitive de la station. Lucide, le gérant de la station Sébastien Baradel l’explique: « Ce n’est pas rentable, et vu les conditions météo qui se dégradent , ce n’est pas plus mal. Le mieux c’est que notre matériel serve ailleurs« .

Conduisant parfois à la fermeture, les conséquences de la disparition progressive de la neige et donc des activités de sports d’hiver dans les stations de ski pourraient alors avoir de lourdes conséquences sur l’économie des régions ainsi que sur celle du pays.

Des solutions qui dérangent

Pour pallier le manque de neige, deux stations de ski françaises ont cette année décidé de se faire réapprovisionner de manière assez inédite : par hélicoptère. Les stations de Montclar-les-2-vallées en Alpes-de-Haute-Provence et de Luchon-Supérbagnères dans les Pyrénées ont ainsi prélevé de la neige en haute altitude pour la déplacer dans le bas de leurs stations.
Bien que cette solution demeure exceptionnelle, elle n’a pas pourtant été épargnée de son lot de critiques. Pour cause, les émissions de Co2 suite à 2 heures de vol de ces hélicoptères représenteraient quatre vols Paris – New-York dans un Airbus A350. Il s’agirait alors de régler un dérèglement climatique par une solution d’urgence qui ne semble pas appréhender les conséquences également néfastes qu’elle produit ni le cercle vicieux dans lequel elle s’embourbe. De plus, cette solution n’est qu’extrêmement provisoire puisque tout comme la neige artificielle issue des canons à neige, les températures ne sont pas assez fraîches et la neige fond.

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« Montclar: de la neige livrée par hélicoptère pour combler le manque en bas des pistes » ledauphine.com PHOTO Le DL/ J.-B.G.

Hervé Pounau, directeur du syndicat mixte (établissement public qui gère trois stations dont celle de Luchon-Superbagnères Ndlr.) semble conscient des enjeux de cette décision: « Ce n’est pas la meilleure des solutions, on l’admet. Mais on donne du travail à 50 à 80 personnes. Sans les sports d’hiver, la désertification de nos vallées va s’accélérer« .
De fait, face aux enjeux économiques qui touchent un grand nombre de saisonniers, les enjeux écologiques et environnementaux ne semblent pas peser très lourd sur la balance des priorités. Il paraît alors plus facile de s’inquiéter des résultats critiques d’une station à la fin du mois, plutôt que des conséquences de la situation sur la planète parfois encore trop abstraites.

« Enneiger des stations de ski par hélicoptère n’est pas une voie possible » 

Ainsi, suite à cet événement, la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne à déclarer dans un tweet qu’: « Enneiger des stations de ski par hélicoptère n’était pas une voie possible ». Elle a par la suite reçu les représentants des stations de ski pour promouvoir une refondation des stations de ski davantage tournée vers la montagne que vers le ski.

L’alternative « quatre saisons »

Alors, pour tenter de préparer le futur des stations de ski, ces dernières se tournent vers un principe de diversification et tentent de proposer de nouvelles activités. Une nouvelle offre de loisirs qui peut se faire sans le moindre flocon : randonnées, parcours cyclables, trail ou encore visite des infrastructures.
L’idée est de créé des « vacances à la montagne » et non plus des « vacances au ski ». C’est ce qu’explique le directeur général de France Montagne (association regroupant les principaux acteurs du tourisme de montagne en France Ndlr.) Jean-Marc Silva : « Le ski est la locomotive. Mais nous proposons plus de 40 activités, de jour comme de nuit, autour du ski. On voit poindre cette année beaucoup d’activités de bien-être, de fitness ».
C’est dans cette idée que le conseil du département de Haute-Garonne, qui supervise trois stations, a annoncé un investissement de 25 millions d’euros dédié à cette « reconversion touristique ».

Alors que la neige artificielle et la neige venue du ciel ne semblent pas adaptées aux problématiques climatiques et économiques actuelles dans les stations de ski, seule une réorganisation des activités montagnardes pourrait sauver les stations françaises. Si ce n’est probablement pas la dernière saison pour toutes les stations de ski dans l’hexagone, la sonnette d’alarme est enclenchée. Reste à présent aux stations, de proposer des solutions durables qui sauront sauver les montagnes dans leur économie comme dans leurs soucis écologiques.

Manon Serenne