Coronavirus : la peste noire des temps modernes ?

La Peste d’Albert Camus, Contagion de Steven Soderbergh ou encore le jeu Plague Inc, voilà des titres univoques qui font écho à l’actuelle pandémie. Tous connaissent un regain de popularité notable. Déconcertants, et parfois même de mauvais goût, ils traduisent pourtant une peur partagée par beaucoup d’individus à travers le monde de ce virus, mal connu.

Alors que La Peste d’Albert Camus connaît un regain de popularité notable avec des ventes triplées, selon Edistat, une question se pose dans la bouche des plus pessimistes : est-ce que le coronavirus va avoir une ampleur similaire aux grandes pandémies de l’Histoire ?

Alors que l' »infodémie » se répand aussi vite que le Covid-19, comme l’a affirmé l’OMS, une définition s’impose. Une épidémie désigne la propagation rapide d’une maladie infectieuse à un grand nombre de personnes. Une pandémie, quant à elle, est une épidémie étendue sur une large zone géographique. En franchissant les frontières de l’Europe, et même des Etats-Unis, le Covid-19 est donc devenu une pandémie, en l’espace de quelques semaines.

Sras versus CoV-2

Dès l’apparition du virus, en décembre 2019, il a été comparé à des épidémies plus anciennes, à commencer par le Sras. Les deux épidémies sont, en effet, des coronavirus similaires sur le plan génétique. Leur génome fait approximativement la même taille. D’après les dernières recherches, l’origine des maladies serait également la même puisqu’elles auraient été transmises par la chauve-souris. Le génome du Covid-19 serait donc en partie identique à celui de l’espèce volante en question. Il semblerait que pour les deux cas, une espèce intermédiaire soit à l’origine de la contamination de l’Homme. Pour le Sras, il s’agit de la civette palmée. Le coronavirus est toutefois plus contagieux que le Sras-Cov.

Pour rappel, cette épidémie a touché 13 pays, de novembre 2002 à août 2003. Elle a débuté dans la province de Guangdong, près de l’île de Hong-Kong. Le taux d’incubation de la maladie était environ de 10 jours. Elle a fait 916 victimes et contaminé plus de 8 500 personnes. Ces deux coronavirus ont ainsi franchi la barrière des espèces en l’espèce de 20 ans. La dernière épidémie de ce type a frappé l’Arabie Saoudite en 2012. A ce jour, elle a causé la mort de plus de 900 personnes, soit 35% des contaminés.

Une viralité justifiée ?

Si les chiffres du coronavirus sont les meilleurs ennemis des hypocondriaques des quatre coins du monde, il est toutefois nécessaire de relativiser. Il est indéniable que le Covid-19 fait peur, certes, mais il effraie parce qu’il est nouveau. Difficile donc, d’appréhender un virus qu’on ne maîtrise pas. Pour le sociologue Gérald Bronner, « dès lors qu’on est confronté à un risque auquel on n’est pas habitué, on a tendance à surestimer les faibles probabilités ».

Pourtant, la grippe ne semble pas effrayer ceux qui raflent les produits de première nécessité dans leurs magasins de proximité. 21morts du coronavirus ont été dénombrés en France, contre 55, des suites de la grippe, depuis le 4 novembre dernier, selon les chiffres de la Santé Publique.

Le nombre de visionnages de Contagion, évoquant une pandémie tuant plusieurs dizaines de millions de personnes, figure dans le top 10 des films les plus regardés sur iTunes. Pourtant, là encore, l’état de propagation du coronavirus est bien loin des plus grandes épidémies de l’Histoire. Au fil de la propagation de l’épidémie, certains l’ont comparée à la peste noire.

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Illustration de la peste noire. Les chroniques de Gilles Li Muisis (1272-1352) (Bibliothèque royale de Belgique, Wikimedia Commons)

Tout comme Covid-19, elle est apparue dans la province d’Hubei, en Chine. Elle s’est propagée en Europe autour de 1348. Autre point commun : la stigmatisation des accusés. Pour la peste noire, ce sont les Juifs qui ont été pointés du doigt tandis que la population asiatique a malheureusement rencontré des actes de xénophobie au cours des trois derniers mois.

Le bilan de la peste bubonique est lourd puisqu’elle a été mortelle dans plus de 80% des cas. 30 à 50% de la population européenne a été décimée, soit 25 à 50 millions de personnes. Du point de vue économique, beaucoup d’empires et de royaumes ont été affaiblis par la pandémie. On remarque que l’économie mondiale vacille avec une bourse incertaine et un cours du pétrole fragilisé.

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Propagation de la peste noire en Europe (Wikimedia Commons)

« Infodémie« 

La possibilité pour que le coronavirus soit aussi lourd de conséquences que la peste effraie donc. L’Homme se retrouve impuissant face à ce virus qu’il ne contrôle pas. Cette peur met donc en exergue un engouement ambigu pour un monde post-apocalyptique. Les fictions de ce genre sont très en vogue et adoptent un point de vue pessimiste quant à la survie de l’humanité mais aussi sur une hypothétique cohésion mondiale.

La série télévisée The Walking Dead présente ainsi des clans de survivants divisés qui bataillent pour les ressources. On peut également remarquer que dans le folklore, les zombies étaient considérés comme des revenants, dans un premier temps. Depuis plusieurs décennies, ils ont été assimilés à des êtres atteints par un virus inconnu, souvent créé par l’Homme.

Il existe ainsi une réelle peur que la fiction précède la réalité. L’économiste Laurent Cordonnier a d’ailleurs souligné que le terme « survivalism » apparaît plus sur les moteurs de recherches depuis le début de l’épidémie. Certains se préparent donc à se confiner volontairement pour éviter ce virus comme s’il allait prendre des proportions dignes des films catastrophes.

Flore Lheureux


Documents annexes : résultats de recherches des termes « coronavirus », « covid-19 », et « survivalisme » ont été recherché sur Google Trends