"Les chasseurs, premiers écologistes de France ?" : l'épineuse question

Le 3 mars s’ouvrait une consultation publique pour l’extension de la chasse du sanglier à pratiquement tous les jours de l’année. Cette décision pourrait être appliquée également aux renards. Alors que cette décision est prise par le gouvernement pour lutter contre les « nuisibles » et les espèces envahissantes, les associations écologistes tirent la sonnette d’alarme à propos du non-sens de ce décret. Dans un contexte de hausse de la méfiance envers les chasseurs en France, leur rôle de défenseurs de la biodiversité est-il pertinent ?

En 2019, la France comptait 1,11 millions de chasseurs « actifs » (c’est à dire qui possèdent un permis de chasse), ce qui la place au rang de numéro un européenne, devant l’Espagne et l’Italie. Un chiffre élevé, mais en baisse. Selon un rapport d’Armand Farrachi, pour le Nouvel Observateur, ce chiffre baisse de 2 à 3% chaque année. La chasse est un loisirs ancré dans la tradition de notre pays, mais pour autant sa pratique divise de plus en plus. Le sujet est brûlant et clivant en France.

Nuisibles selon qui et pourquoi ?

© Radio France – Simon de Faucompret

Les nuisibles sont classés par un décret ministériel après consultation de la Commission Nationale de la Chasse et de la Faune sauvage. Selon Jean-Louis Chuilon, directeur de l’Association des Opposants à la Chasse, « les politiques ne s’occupent pas de ces décrets, ils arrivent déjà tout préparés par la Fédération des Chasseurs », avant d’ajouter que « leurs liens sont étroits, ce qui pose question pour la démocratie ». Ce décret dresse la liste de toutes les espèces susceptibles de causer des dégâts et est revue chaque année. Pour dresser ces listes, la Fédération des Chasseurs recense toutes les déclarations de dégâts qui sont faites par des particuliers, ou des agriculteurs. Selon Alain Durand, président de la Fédération, les sangliers auraient causé à eux seuls plus de 900.000 euros de dégâts en 2019. Des dégâts qui touchent majoritairement les agriculteurs, dont les terres sont parfois ravagées. Pourtant, selon Jean-Louis Chuilon « ces déclarations ne sont basées sur aucune preuve, personne ne se déplace pour vérifier », il précise également que « dans la loi on ne les appelle pas nuisibles, mais « espèces susceptibles de causer des dégâts » ce qui laisse plus de libertés aux chasseurs ». Les associations écologistes réclament des preuves de ces dégâts et le respect du décret de Nicolas Hulot de juillet 2019 qui stipule que l’on peut chasser ces espèces uniquement si toutes les solutions non létales ont été essayées. « Les animaux classés nuisibles ont leur place dans la biodiversité et sont aussi des auxiliaires des agriculteurs, le renard mange 4000 fouines par an. La fouine est elle-même un nuisible et on chasse son prédateur principal, c’est un non sens. » s’indigne Jean-Louis Chuilon. Il dénonce également le manque de représentativité à l’Assemblée. Cette année deux élus ont été choisis pour défendre les associations de protections de l’environnement, contre quinze pour défendre les intérêts de la chasse.

Si la chasse apparait comme un moyen de lutter contre les dégâts des nuisibles rapide et effectif, elle n’est pas garant de la préservation de la biodiversité selon les associations écologistes. Si les intérêts divergent, les méthodes de préservation de l’environnement encore plus. L’exemple du renard est le plus probant de ce clivage.

Le renard creuse le fossé

Des différents animaux présents sur cette liste, le renard est celui qui divise le plus l’opinion publique. Selon un rapport de l’ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvage), un renard c’est 2,400 euros de réparation de dommages économisés en un an. Selon le décret du gouvernement, il est considéré comme tel à cause de sa consommation de fruits et légumes chez les producteurs mais aussi pour les dommages dans les poulaillers. Il est également accusé d’être le vecteur de maladies comme la rage ou ecchynochocose (ver parasitaire) et de ne pas avoir de prédateurs en France. Pourtant, selon ce même rapport, la population de renards en France ne semble pas augmenter et à même tendance à se réduire ces dernières années. Les associations de l’environnement alertent sur le fait que les dégâts qu’ils causent soient minimes au vu des bénéfices qu’ils apportent à l’écosystème. De récentes études néerlandaises prouvent qu’il réduit considérablement la maladie de Lyme dans certaines régions et fait même l’objet de réinsertions dans ce but. Selon cette même étude, il lutte aussi contre la propagation de maladies et de virus par son rôle de « fossoyeur » puisqu’il se nourrit également de carcasses et de placentas. Le renard, nuisible ou vraiment utile ? La question fait débat.

Par ailleurs, un quart des animaux tués en 2019 sont issus d’élevages (sangliers ou faisans par exemple). Selon Jean-Louis Chuilon « cela appauvrit le patrimoine génétique des espèces sauvages ». Cette pratique est, selon les associations, l’antithèse exacte de l’idée selon laquelle les chasseurs sont les premiers écologistes de France.

Les chasseurs sont aussi victimes de « chasseurs bashing ». Bien qu’il leur soit reproché de ne pas traiter le problème de la régulation des espèces en amont, leur rôle immédiat de réguler certaines espèces en prolifération, comme les lapins ou les sangliers, est indéniable.

Lola Mahieu