Tourcoing : retour sur la nette victoire de Darmanin

En obtenant le score plébiscitaire de 61% des voix (un tiers seulement de participation), le ministre du budget vainc sans appel sur ses terres et apporte à la macronie l’une de ses rares bonnes nouvelles lors de ces municipales pas comme les autres. Récit d’une victoire acquise sur le terrain mais ternie par la faible participation

Il était certes favori et archifavori, mais l’ampleur de sa victoire impressionne quand même. 61% des voix, loin, très loin devant tous ses concurrents. Le ministre du budget, Gérald Darmanin qui avait emporté Tourcoing de haute lutte à la faveur de la vague bleue de 2014. Six ans après, le paysage politique de la ville semble transformé.

Bien sûr, la victoire de celui qui était officieusement sortant, car les deux maires qui se sont succédé à la suite de sa nomination comme ministre n’ont jamais entendu lui faire de l’ombre, était prévue par beaucoup, y compris par ses adversaires. Mais l’ampleur surprend tout de même, nottament le candidat d’extrème gauche William Roger, contraint de « tirer [son] chapeau » au ministre.

La victoire du candidat En Marche rebat donc les cartes de la vie politique locale. Le déclin de la gauche est confirmé. Partie divisée et sans leader clair, elle n’aurait pas vraiment réussi unie puisque l’ensemble de ses listes ne totalise qu’un maigre 29%. Un piètre résultat pour une famille politique habituée jusqu’à peu à la domination sans partage. Coté Front National, c’est l’effondrement, 8% des voix, et un nombre de suffrages presque divisé par quatre par rapport il y a six ans. Le candidat Rémi Meurin, bien que rejoint par des militants LR qui n’acceptaient pas la décision de leur parti de ne pas opposer de liste à leur ex-champion, n’est pas parvenu à imprimer sa marque. Il paye sans doute là sa méconnaissance des dossiers locaux et ses liens sulfureux avec les groupes identitaires.

Cette victoire, le ministre-candidat la doit à sa connaissance du terrain, sa proximité avec les habitants qui voient en lui l’un des leurs avant de voir le ministre, au grand dam de ses opposants qui n’auront eu de cesse de tenter de le lier aux politiques parfois impopulaires du gouvernement. Certes, au ministre du Budget, les tourquennois auraient eu des remarques à faire, mais pas à Gerald Darmanin, le candidat du cru.

Bien sûr, l’autre grand vainqueur de la soirée reste l’abstention. Seul un tiers des électeurs se sont déplacés dans les conditions de crise sanitaire que l’on connait. Cette participation excessivement faible, que les vaincus n’ont pas manqué de souligner permet de relativiser la victoire du ministre-candidat, sans pour autant l’annuler : les électeurs ayant eu le courage de se déplacer savaient visiblement ce qu’ils voulaient.

Guillaume Mereb