Lille : où est passée la droite ?

Si Lille est une ville traditionnellement marquée à gauche, la droite lilloise conservait cependant des électeurs et des bastions. Pourtant, les dernières élections municipales ont sonné le glas de cette famille politique qui s’effondre à moins de 10% des voix.

Où est passée la droite lilloise ? La question pourrait sembler accessoire pour une force politique qui n’a jamais réussi à conquérir la ville depuis le millieu des années cinquante. Pourtant, cette droite pouvait jusqu’alors compter sur un socle minimum de 20% des suffrages, le score d’un Sébastien Huyghes en 2002, allant jusqu’à 35% les années fastes, comme en 1995 avec Alex Türk. A l’aune de ces comparaisons, le cru 2020 est des plus catastrophiques, avec un maigre 8%. Ou sont donc passés les bataillons de la droite lilloise ?

Un effondrement imprévu

Une question d’autant plus cruciale à poser que cette dernière pouvait espérer mieux : alors qu’elle partait divisée, elle avait réussi réaliser l’union entre son nouveau chef, Marc Philippe Daubresse et Thierry Pauchet, la voix de l’opposition au conseil municipal pendant six ans. Mieux encore, elle avait réussi à attirer le soutient de la députée ex-En Marche Valérie Petit, concurrente de Violette Spillebout pour obtenir l’investiture du parti présidentiel. Ce dernier, instigateur de nombre de divisions à droite goûtait ainsi à sa propre médecine alors que sa candidate était loin de faire l’unanimité, cumulant plusieurs gaffes à la fin de l’année 2019.

L’effondrement du candidat de la droite est néanmoins patent. Dans l’ensemble des fiefs conservateurs de la ville, Le sénateur Daubresse ne dépasse nulle part les 15%. Il n’approche qu’un timide 13% à Vauban-Esquermes, et ne fait que dépasser légèrement les 10% dans le centre, le vieux Lille et à Saint-Maurice, tous pourtant quartiers bourgeois habituellement réceptifs aux listes de droite.

La concurrence d’En Marche

Ou est donc passé l’électorat ? Bien sûr il y a l’abstention, forte à Lille (plus de 60%), mais toutes les enquêtes montrent que les électeurs les plus âgés, nombreux à voter à droite, sont aussi les plus nombreux à s’être rendus aux urnes, 60% d’entre eux seraient allés voter selon un sondage IPSOS. Il semblerait cependant que cet électorat se soit tourné vers la liste Spillebout. La candidate LREM réalise en effet ses meilleurs scores dans les fiefs traditionnels du parti gaulliste : 25% et une prmeière place à Vauban-Esquermes, 26% dans le vieux-Lille, 23% à Saint-Maurice. Les électeurs de droite se sont donc reportés sur celle qui, à leurs yeux avait la meilleure chance de déloger Martine Aubry de la mairie, sanctionnant par la même une droite qui, à leurs yeux, a trop souvent paru se résigner à ce que Lille soit un fief de gauche, en témoignent les compliments adressés en fin d’année dernière à Martine Aubry par le sénateur LR Jean-René Lecerf…pourtant son opposant en 2014.

Autre enseignement du scrutin, le score élevé de la liste écologiste dans ces quartiers bourgeois indique également une tentation écologiste de la part de cet électorat, tentation encore cependant très minoritaire et potentiellement refroidie par le refus de Stéphane Baly de toute alliance avec Violette Spillebout.

Guillaume Mereb