Où en est la contraception “dite masculine” ?

Il existe une dizaine de moyens contraceptifs pour femmes. Pour les hommes, l’offre contraceptive est plus restreinte. Pour cause, la contraception, au regard de l’histoire, est considérée comme étant une affaire de femme. Il y a plusieurs raisons à cela. Nous sommes allées à la rencontre de différents acteurs qui s’intéressent à ce sujet, afin d’en savoir plus. 

Leslie FONQUERNE, doctorante en sociologie  (laboratoire CERTOP, Université Toulouse Jean Jaurès) et membre du laboratoire junior « Contraception&Genre ».

-Pourquoi, dans les mentalités, la contraception est-elle « une affaire de femme » ? 

“Tout d’abord, on emploie le terme « contraception DITE masculine/féminine » car en réalité cela n’est pas inclusif ni représentatif de la réalité. En parallèle de l’apparition de la contraception médicalisée, la gynécologie s’est imposée comme spécialiste de la question et a particularisé les corps des femmes en tant que corps reproducteurs. Au contraire, la médecine ne traite pas du tout les corps des hommes de cette façon et la responsabilité des hommes en cas de grossesse non prévue est très peu pensée. Ils sont responsables surtout en termes d’IST (infections sexuellement transmissibles) sur une courte période. Avec la contraception médicalisée dont la pilule représente l’essor, les femmes sont responsables en termes de grossesse non prévue, sur le long terme.” 
 

Quel est le rôle de la socialisation dans ce partage inéquitable de la charge contraceptive ? 

“Les parcours contraceptifs sont normés (préservatif-pilule-DIU) : Contrairement aux hommes, les femmes sont socialisées dès l’adolescence au rendez-vous médicaux, gynécologiques, aux normes d’une « bonne » contraception et d’une « bonne » sexualité : qui se voudrait in fine reproductive. Ce qui n’existe pas du côté des hommes.  Aussi, la transmission des normes contraceptives se fait souvent entre femmes (mère/fille, amies, conseillères). Les femmes sont donc socialisées très tôt à la contraception et sur la durée. Ce n’est pas le cas des hommes.” 

Pasquine SAULE, conseillère au planning familial de Lille. 

-Quels moyens contraceptifs existent pour les hommes actuellement ? 

“La méthode la plus évidente  accessible pour les personnes ayant un pénis, parce que ce ne sont pas toutes des hommes, c’est le préservatif. Mais quand on regarde son indice de Pearl (mesure d’efficacité, on regarde le nombre de grossesse sur 100 femmes pendant une année avec un moyen contraceptif donné), on se rend compte que sur 100 couples qui vont l’utiliser, 20 % vont avoir une grossesse. Éventuellement les gens ont entendu parler de la vasectomie, une méthode de stérilisation irréversible. Dans les pays anglo-saxons elle est utilisée même par des hommes jeunes (on va congeler les gamètes, se faire vasectomiser et récupérer les gamètes lorsque l’on veut avoir un enfant.) En France, dû à la mentalité nataliste du pays, même quand les gens souhaitent être stérilisés (hommes ou femmes), c’est très dur de trouver des soignants qui vont accepter de le faire, alors que selon la loi de 2001, il faut la majorité et un délai de 4 mois de réflexion.  

Il y a aussi l’existence de possibilités contraceptives hormonales. Des essais cliniques ont été réalisé et arrêtés à cause des effets secondaires : maux de tête, perte de libido, que l’on retrouve avec la pilule féminine, qui elle est sur le marché.  

Il y a une dernière méthode de contraception mal connue à laquelle on commence à s’intéresser car on constate une demande de plus en plus importante de jeunes hommes depuis quelques années : la méthode thermique sous forme de slip ou d’anneau. On va passer le pénis et le scrotum à travers l’anneau, le diamètre de l’anneau est trop petit pour que les testicules puissent passer, elles sont remontées dans le pli inguinal, ce qui va provoquer un réchauffement à 37 degrés des testicules et donc un arrêt de la spermatogenèse au bout de 3 mois de port quotidien, 15 heures par jour, 7 jours sur 7. Cette méthode est réversible et son indice de Pearl est de 99,6.” 

Maxime LABRIT, infirmier indépendant, concepteur de « l’Andro-switch« .

-Vous avez conçu une méthode contraceptive thermique, pourquoi est-ce important d’élargir l’offre contraceptive “dite masculine ? 

“Au regard des freins sociaux culturels et de soixante ans de tentatives hormonales principalement centrées sur les femmes, il est temps de repenser les questions sur la sexualité, sur la contraception, sur nos pratiques et d’ouvrir sur des méthodes naturelles. 

En tant que garçon j’ai découvert beaucoup de choses du parcours contraceptif et des souffrances de ma partenaire. Bien souvent c’est une parole qui se diffuse peu au sein du couple et c’est dommage parce qu’au travers de cette prise de conscience de ce qu’est cette charge que les femmes vivent une grande partie de leur vie, les garçons derrière, prennent conscience de leur responsabilité et reviennent sur les pratiques existantes pour les envisager dans leurs pratiques.” 

-Qu’est-ce que la diffusion de ces méthodes pourrait changer en termes d’égalité, de stéréotypes ? 

“Je parlerais plutôt d’équité. Chacun est libre de la manière dont il veut s’engager, mais il ne faut pas que le choix de l’un soit contraignant pour l’autre. Il y a un travail de consensus à trouver au regard des vies de chacun. Je pense qu’élargir l’éventail contraceptif pour les hommes ça n’enlève rien à l’éventail contraceptive pour les femmes ça va permettre d’élargir les pratiques, de réduire les pratiques d’IVG et d’avortement, une plus grande liberté sexuelle. 

Il y a beaucoup de freins à l’idée d’une contraception mutualisé. Le but c’est de dire qu’il y a des alternatives qui existent pour que la réflexion puisse se faire, de sortir le garçon de cette position attentiste, de travailler sur ces tabous sociaux culturels, sur les représentations genrées qui sont très ancrées dans notre société et surtout de ne pas imposer mais plutôt de rester sur cette idée de consentement.” 

Valentin SANCHEZ, utilisateur d’une méthode contraceptive “dite masculine”. 

TEMOIGNAGE : Vous utilisez le slip thermique depuis 4 ans, pourquoi avoir fait ce choix ? 

“Avec ma petite amie, le préservatif et la pilule ne nous allaient pas donc j’ai cherché autre chose. C’est aussi de découvrir les violences physiques ou non, la pression psychologique et la restriction des libertés que subissent les femmes vis-à-vis de la contraception qui m’a incité à faire cette démarche. Je voulais faire ma part tout simplement.  J’étais curieux, j’ai pris rendez-vous et j’ai testé. C’est important qu’il y ait un suivi pour plusieurs raisons, par exemple faire des spermogrammes réguliers pour vérifier que l’on est bel et bien contracepté, être rassuré. 

Quel bilan en tirer, avec du recul?

Ça me paraissait improbable mais j’étais assez déterminée. Ça m’a pris plusieurs mois pour adopter le réflexe de le porter. Mais ça dépend de chaque personne. Il n’y pas de moyen parfait dans le sens où c’est quand même une contrainte, ça demande beaucoup d’investissement de la part de l’homme et beaucoup de confiance de la part de la femme. 

J’ai l’impression d’avoir fait un vrai pas vers l’égalité. Même sans forcément adopter la méthode rien que le fait de faire la démarche est intéressant, de pouvoir faire ce parcours que ne font d’habitude que les femmes. Beaucoup d’hommes ne s’imaginent pas le faire, on se dit que ça n’existe pas.” 

Hélène Decaestecker 

*Plus d’informations sur les sites ARDECOM, THOREME et « Contraception&Genre » ( https://contraceptiongenre.wordpress.com )

**https://youtu.be/CYsXQRPz-Yg : interview de Maxime Labrit