Une taxe sur la viande pour lutter contre son impact environnemental

Début février, plusieurs associations néerlandaises ont soumis au Parlement européen un rapport présentant les avantages économiques et environnementaux d’une possible taxe sur les protéines animales. Après la création d’une taxe soda pour lutter contre l’obésité ou d’une possible taxe sur la charcuterie, certains souhaitent une future taxe sur la viande, pour compenser son impact environnemental.

Cette « Coalition pour un juste prix des protéines animales » (TAPPC) qui regroupe une trentaine d’organisations néerlandaises des secteurs de l’environnement, de l’agriculture, de la condition animale et de la santé ont donc présenté leur rapport au Parlement européen, initié par l’eurodéputé Bas Eickhout, vice-président des Verts. Pour lui, « La viande induit des coûts externes significatifs qui ne sont pas reflétés dans son prix au consommateur et nécessitent une correction rapide ». Cette demande du député fait suite aux inquiétudes qui avaient déjà été exprimées en 2015 par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation : « Il y a une distorsion inquiétante entre le prix de vente des aliments et le coût réel de production. En conséquence, la nourriture produite à un prix environnemental plus élevée […] peut sembler moins chère que des alternatives produites de façon plus durable »

«  La viande induit des coûts externes significatifs qui ne sont pas reflétés dans son prix au consommateur et nécessitent une correction rapide« 

En effet, la production de viande est celle qui consomme le plus de ressources dans le domaine de l’agroalimentaire. Une étude du GIEC datant de 2019 expliquait que « la viande […] est l’aliment avec le plus d’effet sur l’environnement ».

Pour compenser la différence, le TAPPC propose donc de taxer la viande de 10 centimes pour 100 grammes sur toutes les viandes et d’augmenter cette taxe progressivement, de manière différenciée, et permettre une adaptabilité de la taxe en fonction de l’impact environnemental de la production de viande. Le rapport souhaite donc qu’en 2030, pour 100 grammes, la viande de bœuf soit taxée de 47 centimes, 36 centimes pour le porc et 17 centimes pour la viande de poulet.

Toujours selon le rapport, cette taxe permettrait à l’UE de récupérer 32 milliards d’euros par an dès 2030. Sur ces 32 milliard, la moitié serait reversée au secteur de la production de viande pour financer la conversion au bio ou des investissements favorisant le bien-être animal. 30% servirait à compenser la baisse de la TVA sur les produits végétaux et 20% à aider les ménages les plus modestes dans leurs achats alimentaires.

Vers une « diabolisation de la viande »

Du côté des bouchers, cette possible future taxe porte un nouveau coup à leur métier. Ahmed, boucher dans le quartier de Wazemmes à Lille explique : « cette taxe empêcherait les personnes les plus pauvres d’acheter de la viande ». Elle en ferait un produit de luxe et forcerait ces ménages à se tourner vers de « la mauvaise viande », moins chères et « délaisser les boucheries ». Pour lui, ce projet rentre dans un processus de « diabolisation de la viande ».

Du côté des consommateurs, certains râlent d’une « énième taxe » sur leurs pouvoirs d’achats, tandis que d’autre y voient une raison supplémentaire de manger moins de viande, « même s’il est dommage que les produits soient taxés indépendamment de leurs qualités. »

Romain Goudarzi