Chamanisme en Occident : mode bobo ou nouvelle conscience écologique ?

Cérémonies tribales, transes collectives ou dialogue avec les esprits… Nombreuses sont les personnes qui proposent aujourd’hui des initiations et des thérapies chamaniques. Et encore plus nombreuses sont les personnes qui y ont recours ! Cette fascination pour une spiritualité aux accents tribaux surprend dans les cultures modernes où le rationalisme est de rigueur.

De la fondation brésilienne Cacique Cobra Cobral, à qui la municipalité de Rio fait appel pour invoquer un beau soleil lors du carnaval, aux gros titres dans le rayon ésotérique des librairies, le chamanisme est indéniablement à la mode. Mais que signifie ce terme, objet de fantasme ou de scepticisme ?

Il englobe des pratiques d’origines diverses : Sibérie, Brésil, Mexique, région scandinave. Son principe de base : l’homme est la nature, et la nature est remplie d’esprits avec lesquels il est possible de communiquer, par exemple pour demander une guérison. De ce fait, cet engouement peut être vu comme le fantasme du « bon sauvage », surfant sur la vague du développement personnel, voire taxé d’appropriation culturelle grossière.

Michael Harner, anthropologue et ambassadeur

Au commencement, le chamanisme apparaît dans notre culture par l’anthropologue américain Michael Harner. Il est le premier chercheur à expérimenter les rituels de peuplades amérindiennes et peu à peu à les pratiquer à son tour. Ses travaux relatent ainsi des expériences de transe, le faisant voyager et interagir avec le monde des esprits. En 2006, l’anthropologue ouvre le Shamanic Knowledge Conservatory, répertoriant recherches et documents sur le domaine.

Ses livres « Hallucinogènes et chamanisme » (paru en 1973) ou « La voie spirituelle du chamane » (1994) lui attirent la vive critique des milieux universitaires. En effet, si ce qui passe pour des superstitions sauvages est mal vu, l’utilisation des plantes hallucinogènes pour rentrer en transe, par exemple l’ayahusca, l’est plus encore.

Pour transmettre les rituels à ses concitoyens, Michael Harner mise donc sur l’usage du tambour, inoffensif. Chaque chamane a le sien, dont le son sert de passage vers l’autre monde lors des cérémonies. Un instrument qui reste encore aujourd’hui le symbole privilégié de ces pratiques.

Chamane sans frontière

Le message que Michael Harner porte dans ses écrits est avant tout l’universalité du chamanisme. Il défend l’idée qu’il n’est pas le propre d’une culture ou d’une ethnie. Selon lui, les populations occidentales ne sont en aucun cas empêchées d’y avoir accès à cause de leur modernité ou de leur couleur de peau.

L’incroyable histoire de Corine Sombrun corrobore cette idée. Rendue célèbre par ses son livres « Mon initiation chez les chamanes » (également adapté au cinéma), cette journaliste de BFM-TV tombe en transe lors d’un reportage sur les cérémonies mongoles Tsatanes. Désignée ainsi comme ayant le don chamanique, elle suit un enseignement totalement étranger qui la guide sur la découverte de cet univers. Loin de rejeter la culture moderne face à cette découverte, elle entreprend des expériences en neurosciences avec plusieurs chercheurs afin d’identifier les mécanismes physiologiques à l’œuvre durant la transe.

Au-delà de la curiosité pour un monde invisible et transcendant, c’est bien le soin qui constitue la principale fonction de ces personnes.

Par exemple, Virginie Rastello, thérapeute et chamane française, propose des pratiques de danse- médecine, une pratique en mouvement visant à « à écouter l’intelligence de son corps, et à refaire confiance à celui-ci ». Pour elle, le chamanisme s’apparente à un mode de vie, faisant le lien et gardant l’équilibre entre ce qui est physique, spirituel, relationnel « ainsi que tout ce qui est invisible : ancêtres, énergies bienveillantes ou non ». Il lui permet ainsi de soigner une personne sur plusieurs plans. Ce qui est notamment utile, précise-t-elle, pour aider les femmes avec un traumatisme. Généralement entre 35 et 50 ans, les patients qui viennent à elle sont souvent en quête de sens face à leurs blessures et leurs questionnements.

Admettre que l’on peut dialoguer avec des esprits de la nature entraîne immanquablement une position écologiste. Selon Virginie Rastello, la crise environnementale coïncide avec la redécouverte du chamanisme car elle signale la douloureuse rupture de l’homme et de la nature. « L’homme moderne est malade de cette rupture. Il cherche à répondre à ce besoin de reconnexion avec elle.»

L’engouement pour les rites chamaniques répond ainsi également à une quête de nouveau rapport à la nature, dans une société où l’urgence climatique ébranle les mentalités.

Virginie Rastello : http://www.e-luminescences.fr/

« Le chamanisme, ou les nouveaux gourous du bien-être » Alexandra Pizzuto https://www.marieclaire.fr/chamanisme-tendances-et-derives,1327985.asp

« En pleine forêt ou en ville, la vogue du « néo-chamanisme » Sciences et Avenir https://www.sciencesetavenir.fr/sante/en-pleine-foret-ou-en-ville-la-vogue-du-neo-chamanisme_127839

Pauline Defélix