Une rentrée littéraire dans le « monde d’après »

Comme pour la plupart des commerces de proximité, la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, n’est pas sans conséquence sur l’activité des librairies. Propriétaire avec Mikaël Deren de la librairie « Au Temps Lire » à Lambersart, Virginie Deschler raconte une situation aux conséquences inédites qui a soulevé et soulève encore beaucoup de questions.

Alors qu’elle entame sa quatorzième rentrée scolaire et littéraire, la librairie lambersartoise « Au Temps Lire » continue d’accueillir les lecteurs avec ses 15 000 références. « Les lecteurs sont là » déclare Virginie Deschler qui souhaite faire part d’une totale transparence sur la situation auprès de ses clients. Accompagnés de leur équipe qui  garde le sourire, les propriétaires font part d’honnêteté quant au fonctionnement de la librairie.

Pendant le confinement, « Le livre a tout prix »

Dès l’annonce du confinement le 14 mars dernier, les libraires d’ »Au temps lire » ont fermé totalement leurs portes. Pour eux, le plus important restait alors la sécurité sanitaire. Pourtant, c’est avec surprise qu’ils ont constaté rapidement une demande importante de la part des lecteurs : « Il y a eu cette urgence du livre à tout prix pendant le confinement ». C’est donc de manière prudente que la librairie décide de « réouvrir ses portes » tout d’abord, par la mise en place d’un site de vente en ligne. Ce projet virtuel qu’ils envisageaient auparavant comme « un jour peut-être » devient alors rapidement réalité.

Si cette solution permet de répondre à une certaine demande, ce que veut l’équipe d’ »Au Temps Lire », c’est par-dessus tout, faire revenir les gens en librairie. Animé par ce désir, la librairie se lançait alors dans une reprise de l’activité en magasin avec deux jours d’ouverture par semaine grâce à un service de click and collect.

« Financièrement c’est difficile »

Mais malgré cette reprise de l’activité en demi-teinte, Virginie Deschler ne s’en cache pas, la situation financière de sa librairie reste fragile. Face à ce constat, elle fait alors le choix de changer sa manière d’acheter, et privilégie une gamme moins élargie de livres qu’elle sélectionne davantage. Les libraires font ainsi le choix du livre dans la durée, qui s’oppose aux achats en abondance compte tenu des nombreuses propositions. Pour cause, sans visibilité sur les échéances ou encore sur les futurs achats des lecteurs notamment en fin d’année, période où il y a habituellement beaucoup de monde, la librairie peine à établir sa trésorerie et se doit de garder un œil aguerri sur son budget. En ce début d’année scolaire, auparavant synonyme de grande activité et d’évènements autour du livre, Virginie constate que cette année, tout se fait « au jour le jour ».

Un rapport au livre différent, un rapport au temps changeant

Toujours est-il que pour le public, la librairie reste « un refuge » au sein duquel les visiteurs y trouvent toujours conseil et réconfort, grâce au personnel bienveillant qui s’applique soigneusement au respect des gestes barrières. Une contrainte, qui mène d’ailleurs bien souvent les visiteurs à se faire plus rapide qu’avant lors de leurs passages en librairie. En effet, étant donné la réduction du nombre de références en magasin, certaines demandes nécessitent alors une commande, et les délais d’achats se voient allongés  : « Si on n’a pas le livre demain, on l’aura le jour d’après » relativise Virginie.

Voilà comment, la période de confinement a donc rompu un certain rythme, tout comme elle a su aussi, bouleverser les modes de vie de beaucoup de Français. Un temps ralenti pendant lequel les lecteurs ont pris le temps de relire ce qu’ils avaient déjà au cœur de leurs bibliothèques. Des relectures qui ont d’ailleurs sollicité beaucoup de réflexions, partagés avec les libraires, car malgré la fermeture physique de la boutique, le contact n’a jamais cessé entre ces derniers et leurs lecteurs.  

Rentrée et désir de nouveauté

Aujourd’hui, entre ses bibliothèques, Virginie constate un désir de nouveauté de la part de ses lecteurs qui semblent vouloir prendre du recul sur la situation sanitaire actuelle : « Des livres post-Covid il y en aura certainement mais les gens ont besoin d’autre chose » déclare la libraire. Alors, la rentrée littéraire semble tomber à pic même si, à cette échelle aussi, les éditeurs ont fait preuve d’une plus grande sélection : le nombre de titres a été réduit et certaines parutions quant à elles, décalées. Un aspect nécessaire selon la propriétaire d’ »Au Temps Lire » qui souhaite voir à l’avenir une véritable prise de conscience face à la « surpublication » littéraire actuelle. Et parmi cette sélection de plus de 500 titres, « Au Temps Lire » fait un choix différent en cette rentrée : « cette année on s’est dit : « on va lire ce qu’on a envie de lire » ». Au cœur de ces envies, Virginie invite ainsi ses lecteurs à se tourner vers des lectures différentes parfois loin des célèbres éditeurs : « aux côtés des grandes maisons déjà populaires,  il y a aussi des pépites à trouver chez des petites maisons d’éditions. »

Si cette rentrée littéraire s’annonce différente et compliquée dans le monde du livre, Virginie souligne l’importance de la solidarité entre les maisons d’éditions et les librairies indépendantes. Pour les libraires aussi, l’association et le syndicat des librairies françaises se sont montrés solidaires, en faisant le choix d’allonger certaines échéances à l’heure où les factures arrivent et annonce une « période difficile ».

Au moment où « le nouveau souffle est difficile à prendre » pour les librairies, celles-ci espèrent une fidélité et une solidarité sans précédent de la part des lecteurs puisque comme le rappelle Virginie : « c’est grâce à eux que nous sommes là ». En contrepartie, la libraire promet d’offrir à travers chacun de ses livres un moment particulier, un peu de temps, loin des tracas puisque « chaque pépite littéraire reste quand même une belle parenthèse ».

Manon Serenne