Combattre les discriminations avec de la colle et des mots

En se baladant dans les rues de Lille, impossible de ne pas voir ces grandes feuilles blanches qui attirent l’attention. Sur celles-ci, des lettres noires sont peintes. Des slogans féministes contre les inégalités et les discriminations. Le collectif « Collages féministes Lille » est sur tous les fronts.

Sous l’impulsion de l’affaire Weinstein, le collage est devenu une méthode d’action qui s’est développée dans les villes de France. Place de la République, un groupe se forme en ce soir d’octobre. Notre source, qui souhaite rester anonyme, accueille quelques habitués du collectif “Collages Féminicides” de Lille mais aussi des nouvelles têtes. Une dizaine de jeunes récupèrent des lettres peintes en noir en amont. Sur des feuilles A4, on assemble des mots à coller sur les murs lillois pour dénoncer les discriminations.

Le collectif féministe de Lille se dit inclusif et intersectionnel. Certes, les collages ont débuté avec le mouvement #MeToo, mais les colleurs se sont vite rendu compte que leurs actions ne concernaient qu’une partie de la société. D’autres minorités ont, elles-aussi, besoin de se sentir entendues. On intègre les personnes subissant en même temps différentes formes de discriminations. Une femme peut être victime de sexisme mais également de racisme, homophobie, transphobie ou classisme. « Nous ne voulons exclure aucune minorité. Pour autant, nous ne pouvons pas prendre leur place et nous ne sommes pas aptes à comprendre leur quotidien. Mais les soutenir, ça, c’est à notre portée » explique notre colleuse anonyme.

Au préalable, un travail sur la forme et le choix des termes est fait. Sur un serveur discord, les colleurs se mettent d’accord sur les formulations. Pendant que certains peignent les lettres, d’autres préparent la colle. Plusieurs fois par semaine, ils se retrouvent. Bien souvent, leurs collages font suite à des polémiques ou événements comme dernièrement la sortie de Jean-Michel Blanquer.

« La tenue républicaine, c’est n’importe quoi. Crop top ou voile, on indique aux femmes comment s’habiller. On aimerait bien ne plus à faire cette démarche, cela voudrait dire que les discriminations et dominations ne sont plus. Mais plus on avance, plus on se rend compte que notre travail est loin d’être terminé. ».

« Stop », un mot signifiant beaucoup pour les victimes des discriminations. @collages_féminicides_lille sur Instagram

Agir dans l’ombre pour marquer les esprits

« Notre but c’est d’occuper la place et les esprits. Personne, qui se balade dans Lille, ne peut faire semblant de ne pas avoir vu les collages. »

Le mot d’ordre est désinvisibilisation des inégalités et discriminations. Des grandes affiches blanches avec des lettres noires attirent l’œil des passants. Elles donnent de la force à d’autres personnes, victimes de sexisme ou discrimination, pour montrer qu’elles ne sont pas seules.

Au-delà du concept de faire entendre la voix des victimes, les colleurs sont un relais des informations. « Les médias en parlent certes de plus en plus, mais cela reste trop peu. Dans les titres, on parle souvent de « femmes », mais on ne cite jamais leur nom » se plaint Joséphine, une habituée. « Nos actions peuvent être mal perçues, mais elles sont nécessaires ».

 « On redoute plus la police. Si on se fait arrêter, parce que ça reste des actes illégaux, on risque une amende assez salée ». Chaque colleur risque en effet 90 euros d’amende, en plus des 15 euros par affiche collée. Des guetteurs sont ainsi disposés pour anticiper une éventuelle arrestation. Les affichages sont souvent arrachés au bout de quelques jours par des groupes antiféministes, la police ou la pluie.

« Ils pensent que cela va nous arrêter, ils se trompent. Sur les réseaux sociaux, on voit de plus en plus de partage. Et si certaines sont arrachées, d’autres phrases fleuriront ».

Claire Boubert