L’ABEJ Solidarité, une association qui « va vers » les plus démunis

Peu médiatisés, ignorés, pour ne pas dire invisibles, les sans-abris occupent les rues dans l’indifférence totale, ou presque. De nombreuses associations se mobilisent pour leur venir en aide dont l’ABEJ Solidarité (Association Baptiste d’Entraide pour la Jeunesse). Si elle a été créée dans une volonté de charité chrétienne, elle se veut désormais laïque et ouverte à tous.

Son crédo ? Inchangé depuis l’aube de l’association : « aller vers« . Dans les rues, dans les réseaux de transport en commun ou dans les gares, les maraudes patrouillent. Les équipes sont mobilisées en permanence car la priorité reste l’assistance aux sans-abris.

Implantée à Lille et ses alentours, l’ABEJ concentre un réseau particulièrement dense de pôles et de structures pour aider au mieux les plus démunis. Olivier Cloez, responsable des maraudes du Point de Repère situé au 22 parvis Saint-Michel, refuse d’ailleurs d’utiliser le terme SDF. Il préfère dire qu’une personne «  a une histoire de vie qui l’a amenée à la rue« 

Chiffres fournis par l’ABEJ

Selon les besoins des sans-abris, ils sont dirigés vers différentes structures. Les plus de 25 ans peuvent ainsi se rendre à l’accueil de jour situé rue Solférino pour se restaurer, avoir un accès à un espace hygiène ou encore consulter des médecins. Le Point de Repère, quant à lui, accueille les moins de 25 ans. Agréé CAARUD (Centre d’Accueil et d’Accompagnement et de Réduction des Risques pour les Usagers de Drogues), il accueille également les usagers de drogue.

« Chacun vient avec ce qu’il est » explique Olivier Cloez. Les tabous n’ont pas leur place. L’alcool est ainsi toléré en quantité raisonnable au Point de Repère tandis que des kits de drogue stérilisés (dénués de tout produit) sont disponibles pour les personnes qui seraient en manque.

D’après le responsable des maraudes, les débordements se font rare. La peur, il l’a ressentie après avoir été menacé mais cela n’a jamais été un frein dans son métier. Pour lui, les cris ne sont « pas de la violence mais de la souffrance ». Il avoue être plus inquiet face à une personne qui reste silencieuse qu’une qui crie car elle extériorise ses tourments. Voir au quotidien cette précarité lui permet de relativiser les tracas ordinaires. « On comprend mieux. »

Le couvre-feu, une sensation de déjà-vu après le confinement

Pour l’ABEJ, le couvre-feu ne va rien modifier à son fonctionnement, hormis rédiger des dérogations. La comparaison avec le confinement se fait tout logiquement. Cette période a été teinté d’un flou médiatique alors que les plus démunis se sont retrouvés seuls à errer dans des rues désertes.

« C’est bientôt la période des journalistes » ironise un des maraudeurs. L’hiver arrive et le froid entraîne dans ses sillages les marronniers sur les difficultés rencontrées par les sans-abris en période de grand froid. « Ce n’est pas en hiver que c’est le plus dur pour eux, c’est en été, quand les centres doivent réduire leur nombre de places disponibles » mais tout le monde, ou presque, l’ignore. Les diverses associations s’investissent en hiver mais la mobilisation reste globalement moins forte le reste de l’année, pourtant, le besoin reste inchangé.

Flore Lheureux