Grippe de Hong-Kong : retour sur une pandémie oubliée

Entre août 1968 et janvier 1970, la grippe de Hong-Kong a fait près d’un million de morts officiellement dans le monde, dont 36 000 en France. Pourtant, rare sont ceux qui s’en souviennent. Il n’existe que peu de témoignages ou de photographies de cette époque. Retour sur la dernière grande pandémie du siècle précédent.

Grippe de Hong-Kong en 1969 – Crédits : La Petite République

Sur le seul mois de décembre 1969, 25.000 personnes décèdent dans le monde. Malgré ces chiffres impressionnants, cette pandémie a jusqu’aujourd’hui été oubliée. Peut-être déjà par la date de sa naissance : 1968. Une année de pleine ébullition. En été 1968, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sort son premier rapport pour sensibiliser les nations au sujet d’un virus très inquiétant. En effet, à Hong-Kong, 500.000 personnes sont déjà malades.

Cependant, dès l’été 1968, les autorités françaises prennent très au sérieux cette nouvelle menace. Dans un mémo de ministère de la Santé, il est déjà indiqué qu’une nouvelle maladie arrive en France, dont aucune immunité n’existe pour le moment.

A ce moment, l’OMS publie un nouveau rapport, plus rassurant, indiquant que le taux de mortalité en Chine est très bas. L’organisation se veut donc rassurante. Avec le développement et la multiplication des vaccins, les pays occidentaux prennent donc à la légère cette pandémie, qui se développe dans l’indifférence générale.

100 000 morts aux Etats-Unis

D’une épidémie localisée, on passe à une pandémie. Septembre 1968, des soldats américains se battant au Viêt-Nam rentrent chez eux, en transportant le virus dans leurs valises. Pendant l’hiver, l’Amérique du Nord devient le continent occidental le plus touché. Mais les mouvements contestataires de 1968 prennent tout l’espace médiatique. La grippe fait plus de 100 000 morts aux Etats-Unis.

En France, les experts épidémiologiques annoncent qu’il n’a aucune crainte à avoir et qu’on ne connaitra pas de pandémie sur le sol français. Les médias, pour ceux qui en parlent, vont également dans ce sens. C’est à ce moment que la première vague du virus apparait, dans le secret politico-médiatique le plus total.

Aussi parce qu’aucun moyen de surveillance ou de veille sanitaire n’existait. Il faudra attendre octobre 1969 et la première conférence sur la grippe de Hong-Kong de l’OMS à Atlanta pour que les scientifiques mondiaux commencent à prendre la mesure du problème. Même s’ils affirment que seuls les Etats-Unis sont concernés et que le problème est endigué et résolu.

Une deuxième vague passée sous secret

Mais la deuxième vague pointe son nez et paralyse l’économie américaine. En plus, le virus a muté en 1 an et devient de plus en plus dangereux. Il est désormais présent tout autour du globe et la deuxième vague apparait, alors que personne ne l’attendait à partir d’octobre 1969.

L’absentéisme dans les entreprises croît pendant l’hiver 1969. Au total, 30% de la population française est grippée. Mais les autorités médiatiques comme politiques n’évoquent quasiment jamais le problème. Les journaux le place en arrière-plan de l’actualité.

A l’hiver 1969, le premier vaccin, censé combattre la grippe de Hong-Kong, est mis sur le marché. Vingt mille doses sont produites chaque jour. Mais on fabrique trop peu de vaccins pour tout le monde car les entreprises pharmaceutiques ne veulent pas avoir de surplus de doses si l’épidémie s’arrête. Aucun scandale n’apparait comme aujourd’hui, car la population a les yeux tournés vers la période post-68, jalonnée de grèves et de manifestations.

Tout le monde juge la grippe comme une maladie négligeable et commune. Mais ça y est, la grippe de Hong-Kong commence à devenir célèbre quand le show business la contracte, comme Juliette Gréco ou Guy Lux par exemple. Des hommes politiques tombent malade dont un jeune ministre des Finances, Valery Giscard d’Estaing. La France commence à prendre conscience de son danger. Le taux de mortalité est multiplié par 2 voire 3 par rapport à l’année précédente.

Vers la fin de la pandémie : l’immunité collective

En Belgique par exemple, la grippe de Hong-Kong a fait 10 000 morts. En 2020, le coronavirus en Belgique a également un taux de mortalité de 10 000.

Au Royaume-Uni, on estime qu’il y a eu 80 000 morts. Mais les Français préconçoivent le nuage de Tchernobyl. Selon elle, le virus ne traversera pas la Manche.

Finalement, la pandémie s’arrête seule au printemps 1970, soit un an et demi après son apparition, grâce à l’immunité collective. Au total, il y a eu 36 000 morts en France. Les gens ont recommencé à vivre, oubliant ce qui s’est passé.

Puis, vient l’heure du bilan. Les experts et scientifiques avouent à demi-mots ne pas avoir pris le problème au sérieux. De plus, les vaccins proposés en 1969 étaient même inefficaces pour la grippe de Hong-Kong. En effet, les chercheurs pensaient avoir à faire à la même souche que la grippe asiatique de 1957. Les vaccins n’ont donc servi à rien.

Un bilan oublié jusqu’aujourd’hui

Cette erreur n’a eu aucun effet judiciaire ni même politique par la suite. Il n’y a eu aucune remise en question des politiques sur la gestion de la pandémie. Côté scientifique, un réseau de veille internationale a été instauré. C’est ce même réseau qui a mis en place le vaccin de la grippe saisonnière que nous connaissons tous.

Mais depuis, que s’est-il passé ? Quelles sont les leçons que nous en avons tirées ? En voyant la gestion de la pandémie de la Covid-19, toutes ces questions restent légitimes.

Benjamin Grischko