Sami, sur les traces des anciens combattants de la guerre d’Algérie

Auteur du livre  Puissent-ils être éternels, une réflexion sur la Mémoire en France, Sami Thellier Bouabdallah, étudiant, s’est lancé un nouveau défi : recueillir  les témoignages d’anciens combattants de la guerre d’Algérie. Son objectif : s’assurer que le souvenir et les témoignages perdurent. 

Sami a lancé un appel à témoins afin de récolter des témoignages d’anciens combattants de la guerre d’Algérie.

« Tu peux essayer, tu n’y arriveras pas  » : voilà ce que l’on a dit à Sami, lorsqu’il a annoncé son souhait de s’ériger en porte-parole d’anciens combattants de la guerre d’Algérie (1954-1962). Il faut le dire, il s’agit là d’un projet ambitieux qui se base sur des événements douloureux de l’histoire française. Des événements qui divisent encore aujourd’hui. Pourtant, il ne s’est pas laissé découragé et pour cause : « Il est temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard ! Il faut que les gens connaissent les heures sombres pour ne pas les revivre mais aussi que la mémoire des anciens combattants ne s’éteigne pas ».

« Le soir parfois je ne pouvais pas dormir »

D’une mère Algérienne et d’un père Français, Sami porte en lui l’héritage de deux nations qui se sont fait la guerre. Motivé par la retranscription d’une mémoire objective, il a, à ce jour, récolté les premiers témoignages dont il avait besoin pour lancer son manuscrit. « Mon but n’est pas de réécrire la guerre d’Algérie mais de transmettre une mémoire des témoins. Même si parfois les souvenirs font défaut, les témoignages de ces hommes âgés sont poignants. Le soir, parfois, je ne pouvais pas dormir » raconte Sami.

L’appel à témoins lancé en octobre, par l’étudiant en Ressources humaines, diplômé d’une licence en Science Politique a reçu un accueil positif de la part des premiers interrogés. Aujourd’hui, il recherche de nouveaux témoignages qui lui permettront d’enrichir les premiers et de publier un manuscrit pour juillet 2022 qui célébrera les soixante ans de l’indépendance algérienne. 

 Engagé dans la mémoire depuis de nombreuses années

C’est à la fenêtre de sa maison, située sur une colline qui domine Brissy-Hamégicourt, une commune de l’Aisne, que le petit Sami observe les yeux émerveillés, une cérémonie devant le Mémorial de Guerre. Aujourd’hui, le petit Sami a bien grandi mais a conservé la même admiration devant le courage de nos anciens combattants. « Petit, j’ai été touché par la puissance qui se dégageait de ces cérémonies. J’ai eu la chance de rencontrer Janine, une bénévole qui donnait des petits drapeaux aux jeunes lors des cérémonies. Elle est par la suite devenue comme une grand-mère pour moi. Puis Michel, président de l’UNC, l’association locale des anciens combattants, m’a remis le drapeau à 12 ans. C’était le début de mon parcours au sein de la Mémoire » raconte le jeune homme.

Grâce à son engagement, il a reçu en 2016 la médaille d’honneur de l’Assemblée Nationale et du Sénat ainsi que le Prix de citoyenneté de l’Ordre National du Mérite.

Une passion devenue vocation

Sami a grandit dans un département, la Picardie, qui fut, jadis, le théâtre de nombreux affrontements pendant la Première guerre mondiale. Il regrette que les jeunes et les pouvoirs publics ne soient pas plus impliqués par l’apprentissage d’une mémoire qui est aussi la leur : « La transmission et l’éducation de l’histoire de nos ancêtres est un enjeu primordial. Aujourd’hui, de part mon expérience, j’ai pu constaté qu’il y a un véritable manque en France si l’on compare avec d’autres pays comme les États-Unis ou le Royaume Uni en matière de commémoration. C’est pourquoi, j’ai eu à coeur de m’impliquer dans cette mission »

Pour partager son expérience et ses réflexions, Sami a publié en 2019 : Puissent-ils être éternels, un ouvrage qui repose sur treize idées pour dynamiser la Mémoire en France.

Actif dans diverses associations et président de la Mission fraternité 2020 , Sami s’est vu remettre, en 2016, la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale et du Sénat ainsi que le prix de citoyenneté de l’Ordre National du Mérite. En parallèle de son projet sur la guerre d’Algérie, il rédige un manuscrit sur les aviateurs britanniques qui devrait voir le jour au printemps 2021.

« Parce que sans Mémoire, il ne saurait y avoir d’avenir ».

Cécilia Leriche