Maradona, la mort d’une légende

Icone du football et véritable légende en Argentine, Diego Maradona s’est éteint jeudi à l’âge de 60 ans d’une crise cardiaque. Les hommages pleuvent pour celui qui a illuminé les soirées moroses de millions de personnes. Retour sur la vie d’un personnage haut en couleur.

Le monde est en deuil. Pas seulement celui du football, non, le monde entier. Il est 17h25, heure française, lorsque la nouvelle tombe : Diego Armando Maradona est mort. On se croit alors dans un mauvais rêve, on refuse d’y croire. Mais non. L’information est confirmée : « El pibe de oro » n’est plus. Ce décès rend les amoureux du ballon rond orphelin. Orphelin d’un artiste. Orphelin d’un génie. Orphelin de Diego, tout simplement. L’onde de choc est immense. Ses problèmes de santé à répétition auront donc eu raison de lui à un âge où il fait bon tout faire, sauf mourir. 

Un phénomène de précocité

Pour comprendre l’importance de Maradona, il faut retourner dans son Argentine natale, là où tout a commencé. C’est dans les bidonvilles de Buenos Aires que le jeune Diego commence à faire ses classes. Sa patte gauche ne laisse personne indifférent. Tous affluent pour voir jouer le gamin aux pieds d’or. L’attraction est telle que la télévision argentine se déplace chez lui pour l’interviewer. A cette dernière, il déclare « j’ai deux rêves : le premier c’est de jouer la coupe du monde, le second c’est de la gagner. » ll n’a que 12 ans mais le gamin sait déjà ce qu’il veut.  Aperçu d’un caractère bien trempé. 

Pendant près de six ans, il joue dans le championnat argentin. De 1976 à 1982 il éclabousse les pelouses de son talent. S’il n’est resté qu’une année là-bas, les supporters de Boca Juniors en gardent un souvenir inoubliable. Ses bonnes performances lui ouvrent les portes de l’équipe nationale qu’il rejoint à l’âge de 17 ans. Symbole d’un talent hors-norme. 

L’âge d’or des années 80 

Puis, en 1982, Diego Maradona rejoint l’Europe. Direction l’Espagne et le FC Barcelone. Pendant ses années catalanes, il alterne coup d’éclats et coup de sang. Résulat, deux ans après il quitte déjà les blaugranas. Embarquement pour l’Italie et le Napoli. C’est ici que la légende du meneur de jeu prend forme C’est aussi ici que va naitre une véritable histoire d’amour entre une ville et son roi.  En l’espace de 6 ans, le gamin de Buenos Aires va redonner ses lettres de noblesse au Napoli. Avec deux titres de champions d’Italie et une coupe UEFA, il hisse le club de la Campanie sur le toit de l’Europe. Les tiffosis napolitains lui vouent un amour inconditionnel. Impossible de passer dans les rues italiennes sans voir une référence au « Pibe de Oro ». Musées, street-art ou produits dérivés, la folie Maradona s’empare de la ville.   

C’est lors de sa période napolitaine, qu’il remporte, en 1986, le titre de sa vie, le titre d’une vie : la coupe du monde. Avec 5 buts et 5 passes décisives, il est le grand artisan de la victoire argentine. Lors de ce mondial, sa folie et son génie s’entremelent. En 1/4 de finale contre l’Angleterre, le numéro 10 de l’albiceleste marque deux buts d’anthologie. Le premier grâce à la main de Dieu, le second grâce a son talent.  Il ridiculise les sujets de Sa Majesté. Près de quatre ans après la guerre des malouines, l’Argentine tient sa revanche. 

Une fin de carrière chaotique

Puis, vient la décennie des années 90, celle du déclin. Il passe de Dieu à diable. Contrôlé positif à la cocaïne en 1991, il est suspendu pendant quinze mois. Sa carrière bat de l’aile et n’arrive plus à redécoller. Après une expérience infructueuse au FC Séville, il décide de repartir au pays pour finir sa carrière. Sans briller, il raccroche officiellement les crampons en 1997, à l’âge de 37 ans. 

S’il a disparu des terrains de football, Maradona s’illustre désormais sur un autre type de terrain : le médiatique. Les coups de génie laissent place aux coups de folies. Contrôlé positif à l’éphedrine lors de la coupe de monde 1994, il quitte la sélection albiceleste par la petite porte. Ses problèmes d’addiction ne font qu’augmenter et sa santé se détériore. Rajoutez à cela quelques problèmes d’alcool et vous obtenez un cocktail explosif. L’Argentin est l’ombre de lui-même, prend du poids et défraie, de plus en plus souvent, la chronique.

Maradona, c’est aussi un symbole politique. Lui, Diego, défenseur des classes populaires, a le cœur qui penche du même côté que son pied : à gauche. Ses tatouages des héros de la révolution cubaine, Che Guevara et Fidel Castro, en attestent. Ironie du sort, le dictateur cubain est décédé le… 25 novembre, comme lui. Cette relation, le numéro 10 l’assume ouvertement.  C’est d’ailleurs El Commandante qui lui donne le surnom de « Che du football. » Anti-impérialiste convaincu, le gamin de Rosario n’hésite pas non plus à soutenir d’autres dirigeants sud-américains comme le vénézuélien Hugo Chavez en 2005. Si ses affinités avec les communistes sont mal vues sur le Vieux Continent, elles ne font, au contraire, que renforcer sa popularité en Amérique latine. 

Cette vie, vécue à 180 à l’heure, est donc à l’image de l’homme : sans filtre. Les habitants du pays préfèrent garder l’image du génie, du magicien, du héros. Il suffit de regarder du côté de Buenos Aires pour comprendre qu’il était plus bien qu’un simple footballeur. Le meneur de jeu argentin laisse derrière lui un immense héritage et des millions de personnes meurtries.  Ce 25 novembre 2020, Dieu a repris sa main.