Covid-19: on achève bien les visons

Après le Danemark, la France a décidé d’abattre un millier de visons en raison des risques sanitaires. Bientôt la fin pour ces exploitations déjà dans le viseur du gouvernement au nom du bien-être animal ?

Dans les décennies à venir, les pandémies vont se multiplier et seront plus meurtrières que celles du coronavirus. C’est le cri d’alarme des scientifiques de l’ONU : il faut changer notre rapport à la biodiversité. Aujourd’hui la crainte d’allers-retours du Sars-Cov-2 entre des animaux et des humains est réelle. Les gouvernements d’Europe prennent des mesures drastiques : on achève (bien) les visons.

Les visons dans le viseur 

Pour la première fois, la présence de Covid-19 a été détectée dans l’une des quatre fermes de visons françaises, en Eure-et-Loire – une filière aujourd’hui très contestée et menacée de fermeture. « L’abattage de la totalité des 1 000 animaux encore présents sur l’exploitation et l’élimination des produits issus de ces animaux » a été ordonné. Loin d’être un cas isolé, le Danemark, la Suède, l’Espagne, l’Italie ou encore les Pays-Bas ont aussi été touchés. 

Parce que le vison peut non seulement contracter la maladie, mais aussi, sous certaines conditions, infecter l’être humain. Mais attention. Selon l’Anses, cette transmission à l’être humain est indissociable du « contexte de forte pression virale due à une densité élevée de la population animale au sein de ces élevages ». Question de promiscuité, le virus se propage aisément de cage en cage. Abattre les animaux des élevages touchés permettrait d’éviter de nouvelles contaminations humaines. Mais au-delà, il s’agit d’éviter de constituer « un réservoir du virus », susceptible de faire repartir plus tard l’épidémie chez les humains.

Et ce, quitte à ce que l’opération prenne des dimensions importantes : au Danemark, 17 millions d’animaux ont été tués. Début novembre, la Première ministre du pays a annoncé que la totalité des visons élevés pour leur fourrure allait être abattue. Le gouvernement justifiait cette décision par la découverte d’une mutation du Covid-19 chez des visons, retrouvée ensuite chez douze humains ayant été en contact avec ces animaux. 

Aucun rôle dans l’épidémie à ce jour

Le vison serait la seule espèce connue à l’origine de contamination inter-espèces. Les nouvelles données collectées par l’Anses confirment « qu’à ce jour les animaux domestiques et les animaux sauvages ne jouent aucun rôle épidémiologique dans le maintien et la propagation du SARS-CoV-2 en France, où la diffusion du virus est aujourd’hui le résultat d’une transmission interhumaine par voie respiratoire ».

En France en tout cas, la ministre de l’Agriculture précise dans un communiqué publié le 22 novembre, qu’aucun être humain à ce jour, n’a été contaminé par des visons. Pourtant, la sentence est quand même tombée. Les conditions d’élevages sont pointées du doigt.

Une opportunité pour mettre fin à l’industrie 

L’épidémie arrive à un moment plus que délicat pour la filière de la fourrure. La ministre de l’Agriculture s’est engagée à faire disparaître les élevages de visons dans les cinq ans à venir. « Notre époque accepte de moins en moins que des animaux sauvages soient élevés dans le seul but d’être abattus uniquement pour être portés en vêtement », s’était justifiée Barbara Pompili, le 29 septembre dernier, devant l’Assemblée nationale, promettant que le gouvernement resterait « aux côtés des quatre éleveurs français concernés, afin d’accompagner ce mouvement ».

Mais les abattages de vison pourraient hâter la disparition de ces élevages et condamner la filière. Les fermes ne rouvriront pas aux Pays-Bas dont le gouvernement a pris la décision d’avancer de quelques années la fin de la production de fourrure de vison. Au Danemark, la mesure a provoqué un tel scandale que l’affaire a été surnommée le « mink gate » (le scandale des visons, en danois) et entraîné la chute du ministre de l’agriculture. Par précaution sanitaire, l’élevage a été interdit jusqu’en janvier 2022, l’arrêt total des fermes d’élevage étant déjà planifié pour 2024. Tour à tour, les pays européens condamnent la pratique. Un petit bon en avant pour la cause animale. Alors, un mal pour un bien ?

Cidjy Pierre