L’étrange réveillon de Monsieur Jacques, père Noël au chômage

2020 n’aura pas fait de cadeaux à ce Père Noël qui, à défaut de faire le tour du monde en une nuit, a fait le tour des supermarchés et autres centres commerciaux au fil des années. En cette période de fêtes et de crise sanitaire, il n’enfilera pas sa barbe et son costume; énième bleu de travail pour cet homme courageux qui est bien loin de ne travailler qu’une nuit dans l’année. Rencontre.

Jacques*, la cinquantaine, a une petite mine. Ces temps-ci il travaille beaucoup au noir en tant qu’artisan peintre. « Mais je peux faire toute sorte de travaux d’intérieur, si c’est dans mes cordes » dit-il. Autrefois il travaillait sur des chantiers, mais divers problèmes de santé l’ont amené à arrêter les travaux trop physiques et l’ont contraint à se ré-orienter. « Ça n’a pas tant été un problème, j’ai toujours cumulé plusieurs petits boulots. » Il les a également enchainés; travail sur les chantiers, dans les jardins, videur à une époque, gardien de nuit à une autre, sécurité dans des magasins,… « Je suis comme ça, j’ai aimé voir plusieurs mondes, rencontrer des gens. Mais c’est précaire, j’ai souvent eu peur pour moi et pour mon avenir à cause de cela. »

L’un des jobs de Jacques, qu’il appréciait particulièrement, consistait à se déguiser en Père Noël pour des centres commerciaux ou des grandes surfaces de la région lilloise lors des périodes de fêtes. Cette année, ce rôle de Père Noël est bien évidemment compromis pour lui, et il ne cache pas sa déception: « Ce travail-là me tient à coeur, je fais ça depuis presque 10 ans et ça s’est toujours bien passé. Ça met du baume au coeur, on vend du rêve aux gosses et c’est bien rendu. »

« C’était mon long Noël à moi »

Jacques voit ce rôle de Père Noël comme un plaisir. Habitué aux travaux manuels, parfois dans des conditions rudes sur les chantiers, c’est une parenthèse enchantée dans une année où il ne chôme jamais. L’ambiance des fêtes, l’humeur des clients en magasin, ce rôle enjoué à tenir, Jacques considère ce travail-là comme très reposant en comparaison avec d’autres… « Ça m’attriste mais j’y peux rien, et les employeurs non plus. Disons que ce rendez-vous dans une année est plutôt rassurant, en hiver c’est plus sympa de faire ça que de travailler en extérieur ou que de faire des travaux. » Il se considère tout de même chanceux d’avoir des gens qui l’appellent pour travailler ces derniers temps. Lorsqu’il a compris qu’il ne pourrait pas endosser son costume de Père Noël, il a eu peur de peu travailler en ce mois de décembre, et donc de manquer d’argent pour les fêtes. Divorcé, sans enfant, il a quand même de la famille et des amis qu’il aimerait voir et avec qui il voudrait célébrer les fêtes de fin d’année.

« J’ai de la chance. Je suis un débrouillard, et je connais plus précaire que moi. »

Loin de se morfondre, Jacques a une pensée pour ses connaissances qui ont comme lui traversé une année difficile. Artisans, travailleurs dans le BTP, intérimaires, tant de secteurs affectés par la crise sanitaire. « On se donnait régulièrement des nouvelles avec les collègues mais c’était rarement gai. On vérifiait comment les autres allaient. Heureusement, d’autres comme moi ont été aidés par leurs proches. » Selon lui, cette année a mis en exergue les difficultés des situations les plus précaires mais a également fait ressortir le meilleur chez certaines personnes de son entourage. Tout ce que Jacques espère, c’est une année 2021 plus clémente, et de futurs Noëls en costume.

Gustave Fosse

*le nom de la personne a été modifié