Et si le confinement avait toujours existé ? La théorie de l’Evolution nous l’explique

A travers les écrits d’un certain Gaal Dornick, personnage fictif sorti de la tête d’Isaac Asimov pour sa saga Fondation, on peut constater un aperçu éventuel du futur de l’humanité via Trantor. Cette planète de métal aux centaines de milliards d’habitants, capitale d’un empire galactique et frappé par un déclin encore imperceptible, nous fait imaginer un futur où ses habitants se confinent en raison d’une surpopulation évidente. Face à la réalité et son histoire, Isaac Asimov est-il si loin du compte ? Et si depuis la Préhistoire, l’évolution de l’homme allait de pair avec un confinement de plus en plus marqué ?

C’est une théorie que défendent de nombreux historiens, comme Jean-Paul Demoule, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne et ayant publié Pré-histoires du confinement (éd. Gallimard). D’un point de vue animal, peu communes sont les espèces à faire de grands déplacements. Les primates restent alors dans des espaces limités géographiquement, bien que parcourant de petites distances malgré tout, pour les besoins saisonniers évidents. Pour ce qui est des chasseurs cueilleurs, il y a toujours eu un besoin de se mouvoir, tant leur survie dépendait de leur environnement. Pourtant déjà, des groupes plus fixes se formaient à quelques endroits, de la Scandinavie au Japon, en passant par la Sibérie, alors riches en ressources. Par la patience et l’intérêt que représentent l’agriculture, les humains s’installent alors il y a 12.000 ans, et se confinent davantage dans des habitations devenues permanentes. Là se situe l’effet du Néolithique.

L’habitat de l’homme, délimité par quatre murs, est d’abord commun à plusieurs espèces. Ainsi, cet habitat voit arriver en son sein les animaux, et cette cohabitation provoque la source de nombreuses maladies, tel que le typhus, la fièvre jaune ou encore la tuberculose aviaire. Tout cela est dû au manque d’hygiène, et à la gestion problématique des déchets. On habite alors peu dans son habitat, mais non loin tout de même, en raison des terres cultivables alentours.

Vers 3500 avant notre ère, on voit alors l’arrivée des villes et un boom démographique : le tout principalement dans la Péninsule arabique et jusqu’en Chine. Les populations urbaines se dispensent alors de l’agriculture comme activité principale, et laissent cette activité à d’autres. Ainsi, les populations dans ces villes augmentent, au point que les bâtisses commencent à s’empiler, pour donner ce que l’on appelle des insulae chez les Romains. On a alors affaire aux débuts du concept d’appartements. C’est à partir de cet instant que la théorie qu’avance l’historien Jean-Paul Demoule prend alors tout son sens.

Ci-dessus un modèle d’Insulae, immeubles apparus durant l’époque romaine dans la capitale.

La technique au détriment des grands déplacements

Avec l’arrivée de l’écriture au IVème millénaire avant notre ère, plus besoin de rencontrer physiquement quelqu’un pour qu’il nous transmette un savoir, une connaissance. Ces derniers siècles, avec l’arrivée du télégraphe, de la télévision ou du téléphone, les veillées villageoises se perdent rapidement. Chacun reste alors confiné en son foyer pour suivre d’autant mieux l’information qui lui est présentée via des méthodes de retranscriptions de plus en plus diverses à mesure que l’on se rapproche de notre époque contemporaine.

Mais paradoxalement, on pourrait aller contre ce concept de confinement humain progressif, par le développement des réseaux de communication ou l’amincissement des frontières naturelles. Toutefois, face à l’automatisation de nombreux secteurs d’activités comme l’agriculture, ceux qui travaillent la terre peuvent aujourd’hui semer et récolter rapidement, et sur de grandes surfaces, seuls. En parallèle, les communautés nomades tels que les Mongols ou les Touaregs se dispersent, alors que cette mobilité est de moins en moins appréciée dans nos sociétés contemporaines, n’en déplaise aux inquisiteurs espagnols du XVème siècle.

Les guerres se font même à distance désormais, et mobiliser une grande quantité de soldat est devenu peu utile. Plus modérément, le télétravail avait tendance à devenir de plus en plus commun, avant que le premier confinement de cette année 2020 ne normalise le travail à distance pour de bon, et ce de manière radicale.

Avec le temps, les déplacements de grandes distances ont laissé place aux mouvances délimités par le travail. Si l’on met de côté les migrations pendulaires, tout devient de plus en plus immédiat. Même avec le tourisme, les Grands Tours du XVIème siècle ont laissé place aux croisières durant ces dernières décennies. La place est maintenant davantage faite aux découvertes brèves, où chaque sortie du navire est encadrée et chronométrée. Face au tourisme de masse, il y a également le développement de la réalité virtuelle qui, à long terme, pourrait même nous inciter à encore moins sortir de chez soi. Toutefois, cette technologie est encore en plein développement actuellement, mais ça ne saurait tarder.

Il ne faut pas oublier non plus que des migrations se font toujours sur de longues distances, avec des populations fuyant des continents prisés par la guerre, ou par le manque réel de structures à leur accueil. Au sujet d’un éventuel confinement progressif de l’humain, il ne faut pas oublier que ce dernier n’est pas égal, selon l’endroit où il habite. Néanmoins, c’est à long terme et sur une grande temporalité que l’on peut se questionner sur ce concept.

Nicolas Pelouas