Couvre-feu en France : entre organisation et lassitude

Même si l’avancée du couvre-feu à 18 heures en France est censé faire reculer l’épidémie, il ne fait pas l’unanimité. 

Se dépêcher pour faire ses courses, obtenir une attestation, élargir ses horaires d’ouverture… L’avancée du couvre-feu force les Français à se réorganiser. Depuis samedi, c’est dans toute la France qu’on ne peut plus circuler entre 18 heures et 6 heures, à moins d’avoir une attestation (pour le travail, des raisons de santé, familiales…). Pour Pascal, moniteur-éducateur à Bondues, le couvre-feu l’oblige à faire ses courses durant ses jours de congés. « Je préfère faire mes courses après le travail et ne pas sortir durant mes jours de congés ! Au final, ça me fait sortir encore plus. »

De son côté, Marine, vendeuse à Lille, s’inquiète pour son emploi. « Je ne perds pas d’heures de travail, mais on n’est pas à l’abri de se retrouver à moitié au chômage partiel si on est trop de vendeurs en magasin par rapport à notre chiffre d’affaires… », confie-t-elle.

Les travailleurs qui doivent aller chercher leurs enfants à la garderie ne sont, en revanche, pas impactés, selon une enseignante d’une école de Baisieux. La garderie de l’école reste ouverte après le couvre-feu, et les parents doivent se munir d’attestations pour aller chercher leurs enfants.

Chez les commerçants, « on va se débrouiller »

Dans les commerces, une nouvelle organisation se met en place. Certains élargissent leurs horaires, comme ce coiffeur lillois : « Normalement on ferme à 19 heures, mais avec le couvre-feu, on doit arrêter de coiffer à 17 heures pour libérer les coiffeuses avant 18 heures. Pour pallier ça, on va ouvrir une heure plus tôt. » À quelques rues de là, dans le quartier étudiant, une supérette ouvre une heure plus tôt et ne ferme plus à midi.

Bien qu’ils aient cours en distanciel, les étudiants sont aussi impactés par l’avancée du couvre-feu. « Je vais devoir faire mon stage en télétravail l’après-midi, mon travail sera moins suivi ! Et pour le mémoire, on n’a plus le temps d’aller chercher des documents à la bibliothèque après notre journée », explique Pauline, étudiante à l’Université de Lille.

Dubitatifs sur l’utilité du couvre-feu

Face à cette nouvelle mesure, beaucoup sont dubitatifs. « Je ne pense pas que ça soit utile, ça repousse le problème à un autre moment de la journée. Le vrai problème, c’est l’incivilité des gens », commente le gérant d’une supérette lilloise. Marine, elle, ne trouve pas la mesure suffisante. « Je trouve ça ridicule, autant nous reconfiner un bon coup ! »

Plusieurs étudiants s’inquiètent, quant à eux, des répercussions psychologiques. « Le temps paraît long, et on perd encore deux heures pour voir un ami, s’aérer, faire deux courses. Ça donne l’impression que la vie, ce n’est que le boulot. Je crains une bombe à retardement », avoue Maelliss, étudiante à l’Université Catholique de Lille, en cours à distance depuis octobre.

Clémentine Laurent