Rugby, Six Nations : dans le monde d’après, le XV de France doit devenir l’équipe de demain

Fabien Galthié et la France entament leur deuxième Tournoi des Six Nations, le 6 février, face à la faible Italie. Après un surprenant et enthousiasmant premier chapitre, les Bleus ont confirmé leur immense potentiel lors de la tournée d’automne, et s’avancent parmi les favoris pour le titre. Voire très sérieusement le Grand Chelem. Ce XV de France doit continuer de faire rêver, d’enchanter par un jeu flamboyant, et de gagner. Il en a les moyens, et les ambitions.

Le temps est un marqueur immuable, un indicateur, pour juger de la qualité d’une équipe. Savoir si elle est juste prometteuse, ou moyenne, cachée derrière l’écran de fumée de la performance d’un moment. Le temps indique aussi l’avancée de la construction d’une formation, la force ses fondations et convictions, ou à entrevoir qu’elle percutera son plafond de verre un jour ou l’autre. Bref, vous l’aurez compris, les semaines et les mois sont un révélateur, à condition que le groupe ou les hommes ne changent pas tous les week-ends… Ça tombe bien, car enfin, l’équipe de France de Fabien Galthié joue la carte de la continuité et de la confiance avec l’ancien demi de mêlée. Une donne presque inédite pour le rugby tricolore, dans le sillage d’un renouvellement plein de jeunesse, de jeu et de talent, implanté dès le début du mandat de l’homme aux lunettes futuristes. Cette équipe de France de rugby a trop souvent explosé en plein vol par le passé, minée par ses errements, les hésitations et perpétuels changements des précédents entraîneurs, mais aujourd’hui, elle peut envisager sans se cacher de remporter le Tournoi, regardant dans les yeux Anglais et autres Irlandais.

Gathié-EDF, chapitre 3, celui de l’assurance

Le premier Tournoi fut enthousiasmant, au fil d’une victoire d’entrée contre la perfide Albion, ou celle à l’extérieur, charnière, du Pays de Galles. Les Bleus s’étaient seulement perdus en Ecosse, dans un match marqué par des vents contraires. A l’automne, période où tombent habituellement les feuilles mortes, et les Français sous les coups des nations du sud en tournée, rebelotte de cartes rebattues, mais contre « le reste » du gratin mondial, Covid oblige. Censée être amoindrie par les accords de repos des joueurs cadres passées avec les instances françaises, de jeunes Bleus, très bleus, avaient pourtant filé la migraine à l’Angleterre. Chez elle à Twickenham de surcroît, ne perdant que dans d’inédites prolongations disputées à huis-clos. Une performance irréelle, pour des éléments parfois à peine vus en Top 14. Le bilan est au final que le réservoir tricolore est de qualité et plus profond que pensé, avec un groupe pas forcément amené à jouer les premiers rôles qui a assuré la continuité. Et quelle continuité ! N’en jetez plus, désormais, l’équipe de France refait peur à tout le monde, à l’orée de ce mois de février.

Six Nations, un Grand Chelem, un statut

Pour mener à bien cette mission, le XV de France repartira sur les bases d’un jeu enfin clair, porté sur l’attaque, mais aussi basé sur un  » kicking game  » performant, et une défense hermétique. De quoi amener Greg Townsend, le sélectionneur de l’Ecosse, à placer les Bleus parmi les favoris pour la victoire finale : « Ils sont très forts. Quand ils ont mis en place un plan de jeu, ils sont difficiles à battre. Ils sont forts au pied et forts en défense. En ce qui concerne le secteur offensif, ils ont un certain flair. Grâce à leurs individualités, ils peuvent inscrire des essais venant de nulle part. C’est un bon équilibre. Leur groupe est jeune et devrait être à peu près le même pendant les cinq années à venir, voire plus. Et enfin, ils ont de la profondeur de banc, comme ils l’ont montré contre l’Angleterre et l’Italie. Donc je pense que le XV de France sera l’une des plus grandes menaces de ce Tournoi des Six Nations. » Merci terminé bonsoir, sacré compliment du chef de la seule équipe victorieuse de l’EDF ces derniers mois. De là à remporter cette édition 2021, si elle se dispute, il n’y a qu’un pas. Mais aussi parfois un gouffre, au vu de certaines rencontres. D’autant plus que la France ne pourra compter sur l’incroyable Virimi Vakatawa au centre du terrain, blessé.

Les Bleus affronteront l’Italie pour commencer, le 6 février. Un premier match abordable, qui doit servir à repartir sur le tempo de la victoire, bonifiée et avec la manière. Puis les choses sérieuses commenceront. En Irlande, le jour de la Saint-Valentin, les hommes de Galthié devront remiser le vert des géants irlandais au placard, et saupoudrer de rouge les joues des ex-coéquipiers du rouquin Paul O’Connell. Une tâche ardue. Après le Pays de Galles en 2020, un autre solide test en terres gaéliques. Vaincre à Dublin serait un nouveau signe fort de progression, le symbole que les Bleus peuvent reclaquer 30 pions à tout le monde à domicile, gagner chez les Celtes à l’extérieur, puis batailler âprement aux Anglais la victoire finale. Le reste du programme ? Les Ecossais, à domicile, avant de retourner justement chahuter les Anglais chez eux. Une finale avant l’heure, peut-être, car en conclusion, les Français accueilleront les Gallois au Stade de France. Deux matchs seulement sur le territoire national, trois à l’extérieur. Dans le Tournoi 2021, alors que le monde est paralysé par le Covid-19, le XV de France devra voyager hors de ses frontières, pour affirmer sa force retrouvée. Et s’imposer comme le nouvel épouvantail du rugby mondial.

Clément Maillard