« Je suis devenu réserviste dans les armées pour servir la France »

Léo*, 22 ans, est ingénieur dans la cybersécurité à Lyon. Son travail consiste à vérifier la sécurité des systèmes d’information d’une entreprise. A côté, il est réserviste dans l’armée à la 25e Compagnie de franchissement de réserve du 6e Régiment du Génie d’Angers. Rencontre avec ce jeune homme polyvalent.

Quelles ont été vos motivations pour devenir réserviste ?

« Je suis devenu réserviste dans les armées pour servir la France. J’ai pensé un temps à devenir officier de carrière, avant de trouver ma voie dans l’informatique et finalement dans un métier assez similaire, de sécurité, des hommes et des systèmes. J’ai commencé la réserve avec une formation initiale obligatoire (Formation Militaire Initiale de Réserve – FMIR) de deux semaines en août 2018.  J’appartiens à la réserve opérationnelle, dite RO1. Il existe également d’autres réserves, comme la RO2, composée de tout ancien militaire pendant 5 ans ou comme la réserve citoyenne, qui occupe une place importante dans le lien Armée – Nation. »

Quelles sont les conditions pour devenir réserviste ?

« Tout français âgé de dix-sept ans et demi au moins et déclaré apte au service lors d’une visite médicale militaire initiale peut servir dans la réserve opérationnelle. Il existe des limites d’âge dans chaque grade. Pour un militaire du rang (ensemble des soldats, soldats de première classe, caporaux et caporaux-chefs), cette limite d’âge est de cinquante ans environ et ne fait qu’augmenter avec le grade. Chacun peut donc s’engager dans la réserve, même sur le tard. »

Quelles sont les spécificités de votre Compagnie ?

« J’appartiens à la 25è Compagnie de Franchissement de Réserve du 6è Régiment du Génie d’Angers. Je suis sapeur de première classe. Le régiment est composé de dix compagnies, ce qui en fait un régiment nombreux (1400 hommes environ) par rapport à la moyenne de l’Armée de Terre (1000 hommes). Les compagnies du régiment se composent de quatre compagnies de combat du Génie, plus deux de réserve, de trois compagnies de soutien, de franchissement et de commandement, plus une de réserve, la mienne. »

Insigne du 6e Régiment du Génie d’Angers
Crédits photos : armée de Terre

Est-ce une contrainte importante d’être réserviste ?

« L’Armée peut être une contrainte importante, mais un réserviste a la possibilité de participer ou de ne pas participer aux activités de la compagnie. Mais une fois inscrit, pas question de se désengager sans raison valable ! Mon contrat prévoit trente jours de service par année civile. Le minimum à faire est de cinq jours pour être noté (et donc recevoir de l’avancement, pouvoir participer à des formations, etc.). Le nombre de jours réels dépend de mes disponibilités, de l’agenda de la compagnie. Par exemple, j’ai totalisé quinze jours d’activités en 2019, mais soixante-dix en 2020, du fait de mes disponibilités et des missions de la compagnie. »

Les activités effectuée sont-elles variées ?

« Oui en effet, elles sont assez variées. Les activités se déroulent souvent sur un week-end. Entrainement au tir, au combat rapproché, formation générale, formation théorique sur la spécialité, entretien du matériel de franchissement, cérémonies (pas toujours un week-end), confirmation de permis civil en permis militaire. Les activités de plus longues durée existent et sont consacrées à la mise en pratique du savoir acquis en formation théorique et à la formation pratique : passage de permis, semaine de combat, écoles d’équipage, etc. Certaines activités peuvent sembler surprenantes, mais sont requises par la mission de la compagnie. Par exemple, il est possible de passer son permis B par l’armée. Mais également, du fait de l’activité de franchissement, son permis poids-lourd et super poids-lourd, exigés pour passer la formation de conduite du tracteur du matériel de pont (plus de trente tonnes). »

Quelles sont les dernières activités auxquelles vous avez participé ?

« J’ai participé à l’école d’équipage à l’automne, pour une durée de deux semaines. L’activité a d’ailleurs eu l’honneur de faire l’objet d’un reportage du magazine de l’Armée de Terre. Cette activité représente la partie de spécialité de la compagnie. Nous sommes formés au franchissement, à monter des ponts. Nous utilisons des Ponts Flottants Motorisés 1 (PFM 1). Nous nous sommes entrainés à l’école des Ponts d’Angers à accastiller (équiper), à mettre à l’eau les différentes parties d’un pont, à les assembler et à naviguer, y compris de nuit. C’est aussi l’occasion de s’exercer aux savoir-faire généraux de l’Armée, comme les procédures radios, pour les personnels affectés à la sécurité navigation (guet, zodiac, officier de sécurité). Chacun de nous a eu l’occasion de tenir les différents rôles auquel il pouvait être affecté. »

Un soldat réserviste se doit donc d’être prêt pour parer à toute éventualité ?

« Effectivement, les missions représentent bien la dualité de la compagnie. Nous devons nous exercer à être des soldats (soldat puis spécialiste, à la différence de la Marine ou de l’Armée de l’Air) et des franchisseurs. Nous participons donc à l’opération Sentinelle de manière régulière, pour quinze jours ou un mois suivant les personnels, en général l’été, mais aussi à des missions plus ponctuelles, comme l’opération Résilience au printemps, d’une durée de plus d’un mois. Voire, à des missions en urgence, comme lors du renforcement de Sentinelle en novembre 2020, avec le passage de 3000 à 7000 hommes pendant un temps. Notre mission a duré trois semaines. De temps à autre, des opportunités de missions avec l’active se présente, mais de manière individuelle. Récemment, une compagnie d’active avait besoin d’un renfort d’un personnel pour un départ en Guyane. Il faut être alors disponible pour plusieurs mois. »

Pensez-vous rester réserviste dans le futur ?

« Je pense rester réserviste. Je pourrais demander à être versé dans une partie de la réserve plus en adéquation avec ma spécialité civile, mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt de la 25 CFR pour moi : s’exercer à quelque chose de complètement différent du civil. »

*Le prénom a été modifié pour cause de confidentialité

Amélie Desjuzeur