Sur Arte, point de frontières pour le septième art

Comme le pensait Victor Hugo, l’art ne connaît ni nationalité, ni limite. Son fondement est d’être universel. Aussi, au côté de la télévision et même de la radio, Arte est réputé comme un producteur essentiel de l’industrie cinématographique dans le monde. Au point d’avoir souvent remporté les plus grandes distinctions.

Comment ne pas être étonné ? Arte, soit l’Association Relative à la Télévision Européenne, ne ferait pas que de la télévision. Etendu aux différentes modalités d’expression du journalisme, avec la radio ou l’apparition récente de podcasts, la chaîne a aussi rejoint depuis longtemps le grand écran où elle brille régulièrement par certaines de ses productions. 

Un pari déjà gagné pour cette association culturelle franco-allemande, passerelle entre deux mondes si longtemps en guerre. Mais comme l’indique son propre nom, le groupe ne s’est pas cantonné à l’amitié des deux pays pour élargir, à la manière de cercles concentriques, les pays concernés. L’Italie, le Luxembourg et la Belgique sont autant de territoires européens qui se sont impliqués dans des réalisations communes, non plus pour le petit écran, mais bien pour le septième art. 

Aussi, il est rare que les films produits ne relèvent que d’un pays unique, et l’immense majorité résulte d’une union étroite entre différentes cultures. Au point qu’il ne s’agit non seulement de nations européennes, et encore moins relevant de l’Union. La Tunisie et l’Algérie ont aussi été approchées, tout comme les géants brésiliens, russes et chinois, voire même certains pays souvent moindres comme le Guatemala et la Mauritanie.

Loin de tomber dans une simple approche amicale des peuples qui uniraient leur force en un quelconque effort, Arte les rassemble dans des productions à succès apte à arpenter triomphalement les marches de velours rouges du succès.

Atlantique, produit à la fois par la France, la Belgique et le Sénégal, a été nommé « Meilleur premier film » lors du Festival du film de Londres de 2019 et, plus encore, reçu le Grand prix du festival de Cannes de la même année.

Le monde cru et contemporain qui y est dépeint tranche avec les paillettes des festivals où le film est promu. Et c’est loin d’être un cas isolé. Comme autre miroir du monde, Arte lança en 2017 The Square, alliant les savoir-faire français, danois, suédois et allemand. La critique ne s’y trompa guère, et ce fut cette fois-ci au tour du prix le plus prestigieux que la croisette put offrir, La Palme d’or. De l’autre côté de l’Atlantique, le drame fut même nominé aux Oscar pour meilleur film en langue étrangère. 

De ce fait, il ressort déjà un trait commun au mode d’expression cinématographique d’Arte. Il ne s’agit ni de comédie, ni de science-fiction ou péplums extraordinaires qui d’un côté plaisanteraient de la vie, de l’autre la recréeraient, mais le plus souvent de peintures réalistes. De ce monde actuel sombre et misérable naissent donc des critiques, des espoirs et des idées poétisées dans un art qui réfléchit à son temps. 

Voilà pourquoi Timbuktu fut encensé par le milieu du cinéma et la philosophie artistique au point de remporter en 2015 lors de la 40e cérémonie des Césars pas moins de sept statuettes dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure musique.


Timbuktu est l’un des plus grands succès récents dans lesquels soit impliqué Arte. Il est le fruit d’une association entre la France et la Mauritanie. Source : AlloCiné.fr

Le religieux n’est pas en reste puisque, à la manière du film Le Havre, ce dernier reçut à Cannes le prix du jury œcuménique qui récompensait son implication chrétienne.

Cela ne signifie en aucun cas que la chaîne soit limitée à la projection d’univers actuels, froids et cruels dans ses périphéries. La France peut aussi parfois se pencher sur son histoire pour proposer à ses spectateurs des mondes romantiques passés d’une société idéalisée. Mademoiselle de Joncquières est ainsi inspirée de l’oeuvre de Diderot, Jacques le Fataliste et son maître, sans en rebuter la critique pour autant : le film où Édouard Baer prête ses traits au marquis des Arcis remporta ainsi le César des meilleurs costumes en 2019.

Même les grands classiques de la littérature française furent adoptés puis adaptés par Arte, à la manière du Colonel Chabert en 1994. Gerard Depardieu et Fabrice Luchini se répondent dans une pièce, certes moins appréciée, mais qui tend à montrer une nouvelle fois un trait commun au cinéma de la chaîne : elle se penche sur tous les genres et toutes les époques.

Arte va jusqu’à traiter la comédie noire avec le même Depardieu dans son Buffet froid de 1979, César du meilleur scénario en 1980 et chef-d’oeuvre de Bertrand Blier. Toutefois, tandis que la critique ne s’y trompait pas, le film fut un échec commercial cuisant à la manière d’une part notable des films de la production.

Aussi, Arte n’a pas de frontière à son art. Ne semblant guère destiner ses films à un grand public, elle préfère de grands films écrits et tournés pour le plaisir de ses réalisateurs, de ses acteurs et de ses critiques.

Foucault Barret