Dune de Denis Villeneuve : un sans faute ?

Dune du réalisateur québécois Denis Villeneuve est sorti au cinéma le 15 septembre. À son avant-première au Majestic, les Lillois sont venus nombreux découvrir cette œuvre de science-fiction mythique et dont l’adaptation sur le grand écran a été tant de fois redoutée par les réalisateurs. Verdict, garanti sans spoiler.

Le film Dune est sorti en France le 15 septembre. Les Américains comme d’autres devront attendre le 22 octobre. Crédit : Margaux Chauvineau

Fan de science-fiction ou non, Dune, première partie, saura vous ravir. Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles, ce n’est pas un petit divertissement sans fond que Denis Villeneuve a proposé, mais une vrai masterclass cinématographique. Que ce soit la colorimétrie, les scènes épurées, tournées en très grand avec un décor minimaliste et géométrique, toujours finement travaillé, Dune s’avère être un petit bijou esthétiquement jouissif dont on ne ressort pas inchangé.

Il y a quelques jours, à l’avant-première le 14 septembre, le Majestic faisait salle comble. Les Lillois s’étaient réunis très nombreux dans le noir et roulement de tambour… le verdict est très positif. « Il reste fidèle au roman, visuellement, esthétiquement, c’est magnifique. C’est très bien réalisé, les acteurs jouent bien. Je ne m’attendais pas à autre chose et je ne suis pas du tout déçue », témoigne Claire, 36 ans.

La bande-annonce du film à découvrir.

Le film maudit

Même si Denis Villeneuve, papa de Premier Contact, Prisoners, Sicario ou Incendies, est un réalisateur émérite, il partait avec un handicap : l’échec répété des cinéastes à adapter l’œuvre de Frank Herbert. Le premier roman, paru en 1965, est un vrai classique de la science-fiction, un incontournable, début d’un cycle de six romans.

Son auteur a créé un monde complexe démarrant en l’an 10191 dans lequel tous convoitent la précieuse Epice permettant de faire fonctionner les vaisseaux et donc de voyager dans l’espace. Un univers complet avec un nombre de personnages conséquent à la Game of Thrones. Le personnage principal : Paul, héritier des Atréides. Poursuivi par des nations rivales, il se battra aux côtés du peuple des sables de la planète Arrakis, alias Dune.

Mais pourquoi tant de difficultés à mettre en image ce livre ? Peut-être est-ce la complexité de l’univers si bien transcrit sur le papier ? Peut-être est-ce la longueur et les détails du roman qui au cinéma le rendrait incomplet ou interminable ? « Beaucoup ont essayé de l’adapter au cinéma. Tous ont échoué », se vantait Frank Herbert. Dans les années 70, Alejandro Jodorowsky avait du avorter son Dune beaucoup trop ambitieux dans lequel auraient pu jouer Salvador Dali, Orson Welles ou Mick Jagger. Rien que ça.

Mais c’est celui de David Lynch (Elephant Man, Mulholland Drive) en 1984 dont on se souvient encore. Il avait tenté l’exercice, mais celui-ci n’avait pas réussi à convaincre. Il faut dire que pour mettre en image des planètes étrangères, des créatures géantes, les effets spéciaux doivent être convaincants. Sur Internet, c’était d’ailleurs le fameux « ver des sables » qui enflammait les commentaires pour la version 2021. Est-il réussi ou non ? Le mollusque de Villeneuve semble passer le test.

Une scène avec le ver des sables dans le film de 1984.

Au bon endroit, au bon moment

Mais, peut-être n’était-ce finalement qu’une histoire d’époque et de réalisateur ? « J’ai trouvé le film très beau, très esthétique. Je me doutais que j’allais le voir de toute façon parce que le réalisateur je l’aime bien », sourie Léa. Il se dit que Denis Villeneuve a ce film en tête depuis ses 14 ans. Le fantasme de toute une vie. Pour son Dune, il a réuni un casting cinq étoiles qui sait mettre en valeur le travail du cinéaste : Timothée Chalamet dans le rôle de Paul, fils du duc de la maison des Atréides, Zendaya, nommée Chani, mystérieuse femme Fremen de la planète Arrakis qui hante les pensées de l’héritier, Rebecca Ferguson, en tant que Dame Jessica, la mère très intrigante et dangereuse ou encore Oscar Isaac, le duc Leto Atréides, le père, personnage toutefois un peu linéaire et prévisible.

Dans des costumes incroyablement élégants, les personnages portent l’histoire avec brio. Mêlant scènes d’action et remplies d’émotions, on a l’impression de regarder un film indépendant, intime, avec les codes du blockbuster à la Star Wars. Autre argument en sa faveur : « J’ai beaucoup aimé la bande son », partage Léa, 24 ans. Pas étonnant avec Hans Zimmer aux commandes. À base de chants humains et de murmures, la bande originale rend le film encore plus mystique.

Ce film est divisé en deux parties reprenant l’histoire du premier roman. Crédit : Warner Bros

« J’ai trouvé ça très bien fait, très beau mais je m’attendais à un peu plus de surprise, d’originalité. C’était un peu lisse et attendu », nuance Alice, 36 ans. Si l’œuvre ne brille pas par sa prise de risque dans le déroulé de son scénario, elle a le mérite de présenter énormément de diversité dans ce monde hollywoodien bien blanc. On rentre d’ailleurs dans un monde technologiquement avancé aux inspirations orientales.

À la Mostra de Venise, pour son avant-première mondiale, le film a reçu une standing ovation de 6 minutes, la plus longue à ce jour pour le festival. Preuve que même si vous pensez que l’on dit n’importe quoi, il y en a au moins quelques-uns qui se sont levés pour applaudir. Pendant 6 longues minutes. Ça vaut le coup d’aller voir pourquoi, non ?

Margaux Chauvineau

Pour plus d’informations sur le film de Denis Villeneuve, voir la vidéo du Fossoyeur de Films.