Dunkerque sous l’eau en 2050 : info ou intox ?

« En 2050, si on ne fait rien, la Camargue, le marais poitevin, Dunkerque et Bordeaux seront sous l’eau ». Le diagnostic climatique de Jean-Luc Mélenchon était, ce jeudi 23 septembre, sans appel. Sur le plateau de BFM-TV, le candidat d’extrême-gauche à l’élection présidentielle l’affirme : le pays dunkerquois pourrait payer cher les conséquences du changement climatique et se retrouver sous l’eau d’ici à peine 30 ans. Affirmation ou fabulation ?

J.-L. Mélenchon au cours du débat – B. Guay – AFP

            « Si on ne fait rien ». C’est l’un des scénarios, le pire, prévu par le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en août dernier. Ne rien faire, c’est continuer sur notre lancée, sans mesure aucune pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique. Selon les experts internationaux, cela conduirait à une hausse globale du climat de 4 à 5 degrés à l’horizon 2100. Plus spécifiquement, Météo-France estime la hausse des températures métropolitaines d’environ 4°C, et même jusqu’à 6°C dans les Alpes et les Pyrénées. 

De facto, les eaux maritimes se réchauffent, les glaciers fondent et le niveau de la mer augmente. Une hausse prévisible, inéluctable, et qui ne date pas d’hier : entre la dernière période glaciaire et le début de la période interglaciaire actuelle, la mer a gagné près de 130 mètres, une évolution qui s’est depuis ralentie et stabilisée autour de 5 centimètres par siècle au cours des deux à trois derniers millénaires. Mais ce qui inquiète, c’est la vitesse de progression de cette montée des eaux, qui a pris un brutal coup d’accélération : dans le « meilleur » des scénarios du GIEC, dans lequel les émissions de GES seraient contenues au maximum, elle devrait être comprise entre 28 et 55 centimètres d’ici à la fin du siècle. Mais elle pourrait être de plus d’un mètre dans le pire des scénarios. 

Ce sont toutes les côtes françaises et mondiales qui s’en trouveraient alors impactées. C’est ce qu’ont modélisé des chercheurs du Climate Central, appuyés par la revue Nature Communications : grâce à leur carte interactive, et si l’on considère la trajectoire actuelle en termes d’émissions et en prenant notamment en compte le « niveau d’inondations annuel », près de 40% du pays dunkerquois se retrouverait alors sous l’eau. Un terrain d’autant plus sensible et vulnérable qu’une partie du territoire a été gagnée sur la mer et que près de 400 000 personnes vivent sous le niveau de la mer. Selon certains, la modification du littoral pourrait remettre en cause l’ensemble du polder, jusqu’à l’entrée du tunnel sous la Manche. Danger supplémentaire, le territoire abrite la centrale nucléaire de Gravelines.

Climate Change – Les terres en bleu se retrouveraient immergées d’ici 2050.

            Jean-Luc Mélenchon a donc raison d’alerter sur le danger du changement climatique et, conséquence liée, de la montée du niveau des eaux. La situation est, en effet, alarmante, d’autant plus si l’on souligne le fait que la politique de transition écologique des Hauts-de-France est la dernière du classement « Enviroscore » de 2021. Surtout, jusqu’ici, ce sont toujours les trajectoires les plus pessimistes du GIEC qui se sont réalisées, voire qui ont été dépassées. 

Morgane Jean