Journaliste, une profession détestée de plus en plus à risque ?

Entre précarité, agressions en manifestations et assassinats à l’étranger, le métier de journaliste paraît de plus en plus dangereux. À l’instar d’Olivier Dubois, otage au Mali depuis six mois, des journalistes sont arrêtés, menacés, enlevés ou encore tués chaque année pour l’exercice de leur mission d’information. L’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) établit un bilan annuel des exactions commises contre les journalistes depuis 1995.

Un journaliste de France 3 Paris Île-de-France couvrant une manifestation des « Gilets jaunes » le 7 décembre 2018. — Crédits : Kévin Belbéoc’h

En 2020, 65 journalistes professionnels, non-professionnels et collaborateurs des médias ont été tués dans le monde selon RSF. Parmi eux, on observe que 39 journalistes, soit une majorité d’entre eux, ont été assassinés ou sciemment visés parce qu’ils exerçaient leur métier de journaliste, alors que 26 d’entre eux ont été tués sur le terrain sans avoir été pris pour cible en tant que tels. Ceux-ci sont en grande partie des victimes collatérales d’un contexte meurtrier, en particulier à l’étranger. 

39 journalistes ont été assassinés ou sciemment visés parce qu’ils exerçaient leur métier de journaliste.

Néanmoins selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l’année précédente a « probablement » été l’année la moins meurtrière en 14 ans de profession. Un chiffre particulièrement en baisse, en partie dû à la pandémie de Covid-19 qui a limité les déplacements. 

Une incarcération en hausse à l’étranger

Au micro de Pierre Firtion du service Afrique de RFI en novembre dernier, la coordinatrice du CPJ Angela Quintal précisait que si le nombre de journalistes tués est en diminution, « cela ne signifie pas pour autant que d’autres menaces aient diminué comme les enlèvements, les menaces de violence ou les placements en prison ». En 2020, le nombre de journalistes emprisonnés a en revanche progressé et a atteint un niveau « historiquement haut » selon le bilan de l’ONG. Enlevé le 8 avril dernier par des djihadistes dans le désert malien, le journaliste de Libération, du Point et de Jeune Afrique Olivier Dubois a été vu pour la dernière fois le 4 mai 2021 dans le cadre d’une vidéo prise par ses ravisseurs. Depuis, six mois de silence et des banderoles à son effigie sont déployées sur une douzaine de mairies en France.

Le nombre de femmes journalistes en détention a également augmenté de 35% par rapport à 2019. Selon le secrétaire général de Reporters Sans Frontières Christophe Deloire, près de 400 journalistes étaient en détention dans le monde en décembre dernier et dans « des conditions de détention qui mettent parfois leur vie en danger », dénonce-t-il.

Une haine du journaliste

« On n’est pas BFM hein ! »

Le 12 janvier 2019, Franck Paillanave, un journaliste couvrant l’acte 9 du mouvement des Gilets jaunes à Pau pour un site d’information locale, reçoit un coup de pied de la part d’un manifestant et lui crie : « On n’est pas BFM hein ! ».

En dépit d’une précarisation de la profession, des journalistes sont alors accusés de « subordination au pouvoir », rapporte le journaliste Vincent Glad en janvier 2019 pour Libération. Une haine à l’égard de la chaîne d’information en continu se développe alors. La bonnette siglée « BFMTV » a même disparu. Des journalistes de la chaîne d’information se déplacent en voitures banalisées, d’autres sont accompagnés d’agents de sécurité. Depuis la crise des « gilets jaunes », la confiance envers les partis politiques et les médias ne cesse de chuter, ces deux catégories apparaissent même dernières dans le baromètre 2021 de la confiance envers les institutions du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF).

Des étudiants en journalisme interpellés

Les apprentis journalistes n’y échappent pas, d’autant plus qu’ils ne sont pas encore éligibles à la carte de presse, ce qui les rend plus vulnérables lors des manifestations. Le 12 décembre 2019, deux étudiants de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ) sont arrêtés en marge d’une manifestation contre la réforme des retraites à Lille pour « violences et refus d’obtempérer » selon la police, ce que l’école réfute. « L’ESJ Lille est informée de l’interpellation de deux de ses étudiants. Les éléments en notre possession nous amènent à penser qu’ils ont été interpellés pour avoir pris des photos de policiers en intervention. La liberté de prendre des photos lors de manifestation est un droit », tweete alors l’école quelques heures après l’interpellation. Celle-ci avait suscité un vif émoi parmi les étudiants de l’école. Plusieurs dizaines s’étaient alors rassemblés devant l’hôtel de police de Lille-Sud, pour protester contre « une atteinte à la liberté de la presse. »

Une version différente est alors défendue par une source policière obtenue par un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). « A priori, ses collègues ne connaissaient pas le motif de cette interpellation et se sont donc rendus devant l’hôtel de police vers 18 heures. C’est à ce moment-là qu’un deuxième étudiant a été interpellé pour attroupement malgré les sommations réglementaires, lorsqu’il a refusé de quitter les lieux », a indiqué cette source auprès de l’AFP au lendemain de l’interpellation.

Kévin Belbéoc’h

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