Union de la gauche : le PS se rêve en chef de file

Dans son discours d’investiture, Anne Hidalgo promet de « Reconstruire la République », faisant écho à la reconstruction de son parti, en difficulté depuis quelques années. Et si c’était aussi une reconstruction de la gauche en général, affaiblie et divisée à l’aube de 2022 ? Le sujet reste sensible au PS, chez les militants comme chez le personnel politique.

Une union encore possible à gauche ?

A moins de six mois du premier tour des élections présidentielles, la gauche française ne semble pas être sur la voie du front commun face à la droite. Avec des candidatures plurielles, Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel ou encore Yannick Jadot jouent la carte de l’unilatéralisme, une stratégie qui n’a pas payé en 2017 malgré des bons scores de la France Insoumise : aucun parti de gauche n’avait passé le premier tour.

A l’investiture de la candidate PS, à Lille fin octobre, les militants et sympathisants espèrent toujours qu’un rassemblement puisse se faire. Interrogés sur la question, un couple encarté au Parti socialiste depuis 1977 dit attendre une union « depuis très longtemps » et regrette le quinquennat Hollande, qui « a plus divisé qu’autre chose ». Des indécis, plus jeunes, émettent des doutes quant aux bienfaits d’un front commun : « Une union ? Ça dépend avec qui, et donc à quel prix… ».

Se pose la question de la fenêtre d’acceptation dans un éventuel rassemblement : quels partis portent vraiment des valeurs de gauche ? Qui faut-il mettre à sa tête ? Pour certains militants PS, la France Insoumise de Mélenchon ou le Parti communiste français de Fabien Roussel seraient trop extrêmes, ils misent donc sur un retour du PS en tant que symbole de la gauche : si l’union de la gauche se fait, il y a de fortes chances que ce soit avec Anne Hidalgo à sa tête ».

Anne Hidalgo à son arrivée au Grand Palais à Lille, le 23 octobre 2021. Crédit : Kévin Corbel.

Chez les responsables du PS, on peine à assumer cette volonté de s’unir pour combattre Macron et l’extrême droite. Interrogé sur la question, Boris Vallaud, député des Landes, a préféré évoquer un rassemblement des électeurs plutôt que des partis : « La candidature d’Anne Hidalgo est au service des classes populaires et des classes moyennes. Pour toutes celles et tous ceux à gauche qui se reconnaissent dans ces combats pour la justice et l’environnement, ils ont aujourd’hui leur candidate : Anne Hidalgo. » Certains, comme Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, se montrent optimistes et voient déjà leur candidate unir les autres partis : « Je crois que les gens ont besoin d’une gauche de gouvernement, qui prenne ses responsabilités. Je crois qu’Anne Hidalgo est la mieux placée pour rassembler : elle est dans une situation centrale à gauche. »

La primaire populaire : un rappel à l’ordre ?

Des militants de la primaire populaire étaient également présents à l’investiture afin sensibiliser les gens à leur cause, ils ont accepté de nous en parler : « Le but est de faire passer un message : s’unir pour faire gagner la gauche et éviter un nouveau duel Macron/Le Pen ou pire, Macron/Zemmour. L’idée n’est pas d’avoir une personne mais plutôt quelqu’un qui revendique les idées les plus importantes à gauche et non pas seulement celles qui lui tiennent à cœur. »

La primaire populaire est une élection précédant les présidentielles de 2022, organisée par des militants indépendants des partis politiques afin de choisir un candidat commun pour la gauche. La désignation se fait via des parrainages : on choisi son candidat et après une première sélection, le vainqueur est élu par une phase de vote au jugement majoritaire. Parmi les personnalités les plus plébiscités, on retrouve Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Christiane Taubira, Yannick Jadot ou encore François Ruffin.

Militant de la primaire populaire à la sortie de l’investiture de la candidate PS. Crédits : Kévin Corbel.

A la fin du meeting, les militants étaient encore pour faire passer leur message : « sans la primaire on perd ». Plus qu’un simple message, ils nous expliquent qu’il s’agit d’un rappel à l’ordre pour Anne Hidalgo et ses sympathisants : « Même si beaucoup de personnes ne croient pas en ce projet, disent que c’est trop tard, personnellement nous y croyons et c’est comme cela que la gauche pourra passer en 2022. Au niveau régional, les différentes unions de la gauche ont permis de remporter des villes, de gagner plus de sièges dans les conseils municipaux, donc cela prouve bien que c’est possible. Il n’y a que comme ça qu’on peut y arriver ».

Plus de 145 000 personnes ont signé l’appel à la primaire populaire, ce qui en fait actuellement la deuxième force politique de gauche derrière la France Insoumise.

Kévin Corbel