« Ni méchant, ni gentil » l’exposition lilloise qui présente l’évolution du loup dans les imaginaires

« Maman, pourquoi on pense que le loup est méchant ? » ; « Oh il fait peur avec ses grandes dents ! » etc. Voilà certains propos qui sortaient de la bouche des enfants au cours de l’exposition « Ni méchant, ni gentil » mise en place au musée d’Histoire naturelle de Lille. Cette exposition, disponible jusqu’au 9 janvier 2022, met en avant le loup ainsi que ses caractéristiques. Un autre point important en rapport avec l’animal est soulevé& : la perception des hommes sur ce dernier mais aussi le rôle qu’ils lui ont attribué, qui n’a cessé de changer au fil des années.    

Dans cet article, nous avons décidé de prendre quatre périodes historiques distinctes, dans le but de comprendre le rôle alloué au loup par les populations.

Déjà dans l’Antiquité

 Dans l’Antiquité, les rapports des hommes au loup sont polyvalents, ils dépendent de la zone géographique. Le cas le plus frappant est au sein de la République et de l’Empire romain. Et cela pour plusieurs raisons. La fondation de la cité de Rome selon la légende, dépend de deux frères : Romulus et Remus. Ces derniers, abandonnés à la naissance, ont été recueillis par une louve qui leur sauva la vie en les nourrissant. Dans l’imaginaire des romains de l’époque, la louve est donc celle qui a permis la fondation de Rome et de l’histoire liée à la dite citée. Le loup est un animal également associé à deux mondes dans l’esprit des romains : celui de la mort et celui de la guerre. Comme pour Mars, le dieu de la guerre, avec pour nom lupus Martius., Au point d’être comparé voire substitué au lion homérique qui dans les poèmes latins, symbolise le courage et la bravoure.

Paul Rubens, Romulus et Rémus, 1516, musée du Capitole à Rome

Fenrir : le canidé nordique, facteur de chaos

Dans la mythologie nordique, nous pouvons trouver de nombreuses histoires. Voici celle de Fenrir.  Enfanté par l’union du dieu de la malice Loki avec la géante Angbroda, Fenrir qui logeait à Asgard avec les Ases inspira la peur chez ces derniers, du fait que plus le temps avançait et plus le loup grandissait. Cette peur était également due à l’annonce d’une prophétie, qui disait que les enfants engendrés par le dieu de la malice causeront le crépuscule des dieux ainsi que le chaos, le Ragnarök. On a donc essayé d’enchainer Fenrir sous le prétexte d’un jeu, mais les chaines, peu importe la matière et la longueur, se brisaient constamment. Odin, ainsi que les Ases ont donc décidé de demander la conception d’une chaîne spéciale aux nains de Midgard, une chaîne qui ne se brise pas malgré la force herculéenne de la bête. La chaîne Gleipnir fût alors créée. Fenrir se retrouva alors prisonnier de cette chaîne, condamné à rester attaché à une pierre sur l’île de Lyngvi. Ce mythe marque alors la méfiance qui s’immisce au sein des populations, catégorisant alors le loup comme le symbole du danger.

L’enchainement de Fenrir, Dorothy Hardy, 1909

Quand l’animal est un suppôt du malin

Au cours de l’Ancien Régime, la vision que la population française a envers le loup n’a pas vraiment changé, elle reste la même que celle durant le Moyen Âge. Elle se caractérise toujours uniquement par la peur. Mais c’est au cours des années 1760 que cette dernière va s’accentuer. De nombreuses attaques contre des humains sont recensées dans l’ancienne province française du Gévaudan, l’actuelle Lozère. L’identité de l’agresseur est encore assez floue, mais tout porte à croire qu’il s’agit d’un canidé hors du commun, un énorme loup. L’Ancien Régime, qui est une période marquée par une forte croyance de la population dans le domaine de la superstition, n’épargne pas le loup. Il est considéré comme l’animal diabolique par excellence. Le pelage sombre noir, l’haleine fétide… il possède des caractéristiques typiques du diable. Donc par analogie, on considérait la bête du Gévaudan, donc le loup, comme un disciple de Satan.

Bête du Gévaudan : représentation de la bête féroce.
Illustration de 1765 parue dans le Recueil Magné de Marolles

Et aujourd’hui ? Quelle place occupe le loup dans notre culture ?

Aujourd’hui, l’image du loup dans nos mentalités s’est nettement améliorée. Il est à présent le sujet principal de contes pour les petits, de bandes dessinées, de chants, de dessins animés… Il peut occuper la place du protagoniste, comme celui de l’antagoniste. Et quand il occupe le mauvais rôle dans une histoire, c’est toujours de manière assez amusante et cocasse car il est tourné en dérision. Le but, en montrant le « méchant » qui perd de manière risible, est de donner une morale aux jeunes lecteurs. De plus le fait d’utiliser le loup comme antagoniste dans certaines histoires, permet aux plus jeunes de se familiariser avec la peur, afin de la combattre.

Pub TV des Produits laitiers (2009)

Aujourd’hui, le loup n’est plus caractérisé comme le dangereux prédateur qu’il était auparavant, mais plutôt comme un animal symbolisant plusieurs notions positives. Celle de la camaraderie notamment puisqu’il vit la plupart du temps en meute, mais aussi la notion de protection pour ceux qu’il affectionne particulièrement. Une totale opposition avec les préjugés que nos ancêtres ont eu de lui auparavant.

Romain LESOURD