Noel : fête religieuse ou évènement commercial ?

Initialement célébré en tant que fête païenne puis chrétienne, Noël s’inscrit dans une longue tradition spirituelle et religieuse. Cependant, la signification de l’évènement connait de profondes mutations. Depuis plus d’un demi-siècle, la dimension commerciale de la fête ne cesse de se développer à grande vitesse avec toujours plus de cadeaux, et tend à reléguer l’aspect symbolique et religieux au second plan. La question est de savoir si ces deux dimensions peuvent durablement coexister. 

Les Galeries Lafayette (Paris), le 20 décembre 2019 (Alain Jocard/ AFP) 

Empreint d’une dimension hautement religieuse et spirituelle à ses débuts, Noel trouve ses origines dans l’Antiquité, et fait directement référence au solstice d’hiver, la nuit la plus longue de l’année, toujours proche du 21 décembre. Instituée par l’Eglise au IVe siècle ap. J.-C., et conjuguée à la christianisation croissante de l’Europe, la fête de la Nativité prend l’ascendant sur la célébration du Solstice d’hiver. 

Cependant, la dimension commerciale de Noel débute principalement après la Seconde guerre mondiale sous l’impulsion des Etats-Unis. Les raisons : une concordance entre la déchristianisation et l’avènement de la société de consommation. 

Dès lors, c’est un véritable tournant historique et symbolique. Le cadre religieux n’est plus au centre de la fête. 

Les idoles religieuses comme les crèches sont de moins en moins présentes au sein des foyers, et la messe de Noël voit sa fréquentation diminuer année après année. Enfin, le nom de saint Nicolas n’est plus beaucoup utilisé pour qualifier le Père Noel. 

De cette manière, Noel a dépassé l’univers chrétien. Aujourd’hui, il est célébré dans le monde entier. 

Toutefois, si la fête devient plus générale et moins marquée par la religion, elle n’en est pas moins dénuée de symbolique. Les éléments autrefois cultuels deviennent essentiellement culturels : on continue ainsi de manger la buche de Noel, héritée de la tradition païenne. Mais aussi de disposer le sapin de Noel, qui est issu des traditions et rituels scandinaves pré-chrétiens. Les cadeaux sont substantiellement liés à la fête et ont toujours incarné l’essence familiale de Noel. Et ce, dès les origines, avec les présents des Rois mages. 

Le changement de meurs s’explique également par l’apparition de la société de consommation au milieu du XXe siècle. Ne reposant plus uniquement sur ses bases religieuses, Noel entreprend un virage qui fait de la dimension commerciale la nouvelle matrice de la fête. 

On assiste ainsi à la commercialisation de Noel. La fête est devenue en partie une opération marketing inégalée. C’est à cette période que les magasins font leur chiffre d’affaires le plus plus important : 70 milliards d’euros dépensés annuellement en France pour la fête de Noel, avec un budget moyen par foyer avoisinant les 549 euros (en incluant les coûts des cadeaux mais aussi de la restauration et de la décoration). 

C’est aussi 20 milliards  d’euros dépensés en ligne, soit 20% des ventes annuelles en l’espace de quelques jours. 

Dans les faits, Noël est aujourd’hui une fête qui associe des dimensions traditionnelle, culturelle et commerciale, et religieuse en moindre mesure. 

En prenant en compte sa profonde mutation symbolique, Noel continue d’être « la » fête familiale. En cela, elle a conservé son esprit d’origine. 

Julian TRAFIAL