Canada : justice enfin pour les enfants autochtones

Le gouvernement canadien a annoncé mardi 4 janvier une indemnisation à hauteur de 40 milliards de dollars pour les enfants autochtones placés de force dans des pensionnats dans les années 1990.

En 2007 la première plainte en matière de droit de la personne était formulée au Canada. Depuis, les peuples autochtones au travers de leur gouvernement respectif, se battent sans relâche pour obtenir une reconnaissance en justice du rôle du gouvernement canadien dans le traitement violent des enfants autochtones entre 1990 et 1996.  

Le repenti du gouvernement canadien

L’indemnisation annoncée par le gouvernement dans la semaine est historique pour les Amérindiens, Inuits et Métis canadiens qui représentent 8% de la population totale du pays. Parmi les 40 milliards de dollars annoncés, 20 milliards seront directement versés aux 200 000 enfants autochtones éligibles. Selon First Nation Drum, environ 40 000 dollars vont être versés à chaque victime. Les 20 milliards restant seront quant à eux utilisés pour réformer en profondeur le système national de protection de l’enfance.

Cette annonce s’inscrit dans la continuité du réveil identitaire autochtone depuis la fin des années 1990, entendu par le gouvernement canadien et qui, depuis, met en place une politique de rédemption. En 2007 la Commission de vérité et de réconciliation donnait pour la première fois la parole aux enfants victimes des pensionnats indiens. La même année la Chambre des Communes votait unanimement le Principe de Jordan, pour permettre à tous les enfants des Premières Nations d’avoir accès aux mêmes biens et services publics, notamment en matière de santé et d’éducation, que les autres enfants canadiens. Ces initiatives ont été poursuivies par le gouvernement de Justin Trudeau qui a voté en 2019 la loi C-92, visant à conférer aux peuples autochtones le droit de gérer leur propre politique en matière de protection de la jeunesse.

Les populations autochtones reprochent au gouvernement canadien d’avoir retirés de force des enfants de leurs familles et de leurs réserves, pour les placer dans des pensionnats indiens. L’objectif étant alors d’évangéliser et d’assimiler à la culture occidentale ces jeunes personnes. Par-delà la violation des droits humains et l’extrême violence de ces pratiques, c’est d’abord et surtout le traitement infligé à ces enfants par les communautés religieuses des pensionnats qui est dénoncé aujourd’hui. Dans ces écoles, les enfants étaient non seulement stigmatisés, privés des services essentiels, mais surtout maltraités et parfois même abusés sexuellement. En 2021, près de 1 000 tombes d’enfants non marquées ont été retrouvés dans des pensionnats autochtones, au point de parler d’un « génocide culturel ».

Les autochtones canadiens, entre marginalisation et réappropriation

Si cette annonce vient dédommager les enfants victimes de ces pensionnats dans les années 1990, il faut toutefois rappeler que ces mauvais traitements avaient commencé bien avant. Le Canada engage dès la fin du XIXe siècle une politique de peuplement en Arctique qui vise à asseoir sa souveraineté et sa domination. Et pour cela, il n’hésite pas à déplacer des populations nomades, comme entre 1953 et 1955 avec la sédentarisation forcée de 92 Inuits dans le Nord du Québec et dans l’actuel Nunavut.

Quant aux « pensionnats indiens » ils voient le jour dès les années 1900, et connaissent leur apogée aux alentours des années 1920 avec près de 139 pensionnats répertoriés. Cette politique d’intégration culturelle et d’assimilation par des ruptures familiales avaient pour but d’atténuer les spécificités culturelles, sources de potentielles revendications territoriales et politiques.  

Le Canada assiste aujourd’hui à la résurgence d’un régionalisme fort, en particulier Inuit, avec par exemple la création du territoire du Nunavut en 1999 ; appuyé depuis 1975 par la Convention de la Baie de James et du Nord Québécois et depuis 2007 par la Déclaration des Nations Unies sur le droit des peuples autochtones, qui leur confèrent une autonomie de plus en plus grande. Toutefois, leur condition reste largement précaire, avec des taux de suicide, de chômage et d’alcoolisme qui dépassent de loin la moyenne nationale. Ils connaissent de plus des conditions sanitaires dégradées, souvent accentuées par un surpeuplement.

La décision du gouvernement canadien de les indemniser témoignent donc d’une volonté de réconciliation, mais surtout d’unité au moment où l’Arctique avec le passage du Nord-Ouest devient un enjeu géopolitique majeur, face à des Américains pressés de forcer la voie.

Fleur Tirloy