Soldes : peut-on faire de bonnes affaires dans les sex-shops ?

Les soldes ont débuté depuis peu dans l’hexagone. Alors qu’en 2022, la jouissance sexuelle n’est plus taboue, qu’une révolution fashion bouscule le business des sex-shops, le marché du plaisir est en quête de son 7e ciel, avec ou sans remises concédées. Immersion. 

« Il n’y a aucune remise sur les stimulateurs clitoridiens ? », demande Élise, 20 ans. La vendeuse répond par la négative. Mercredi 12 janvier, il est 10 heures : coup d’envoi des soldes d’hiver. Niché derrière la gare de Lille Flandres, le Babylon passe presque inaperçu. Derrière sa devanture discrète, ce sex-shop invite à une aventure intense dans l’univers du plaisir. Des bougies parfumées, des huiles de massages, de la lingerie, des sex-toys de toutes les couleurs et matières, des accessoires de bonding et BDSM… « On ne réalise aucune solde, car notre sex-shop n’a pas vocation à faire de la fast-fashion. On propose des produits dont les gens ont besoin tout le temps. On n’a pas la pression du stock à écouler », explique le gérant. Pour Liliane et Jean-Paul, cinquantenaire, l’absence de promotion ne les dissuade pas de passer en caisse : « Bien sûr, cela serait sympa qu’il y ait des remises. Mais ça ne nous empêche pas de venir quand même chaque mois. On cherche à se faire un cadeau de couple, pas de bonnes affaires ! » La pêche du jour ? Une tenue en latex pour elle. 

L’ascension vers les 70 milliards de dollars de chiffre d’affaires 

À quelques mètres, rue Vieux Faubourg, le Cube, une institution dans le milieu des sex-shops lillois, boycotte aussi les soldes. D’une surface de 300m2 sur deux niveaux, le complexe, qui accueille majoritairement une clientèle homosexuelle, est constitué d’une boutique avec plus de 6000 DVD et accessoires. Le lieu propose aussi un cinéma, 24 cabines individuelles et d’autres salles à disposition pour des moments d’intimité. « On a un stock qui tourne suffisamment. Pourquoi faire des soldes ? Les gens ne comptent pas pour leur plaisir. Surtout qu’ici, on permet de consommer directement sur place », raconte le responsable. Le marché du sex-toy et autres accessoires serait en plein essor : selon Le Point, en 2018, il pesait plus de 25 milliards de dollars et pourrait atteindre les 70 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici quelques années. Si le sexe a toujours fait vendre, la situation sanitaire et les confinements ont fait ses beaux jours. Durant l’année 2020, certaines enseignes de jouets pour adultes ont vu quasiment leurs ventes doubler à cette période. « C’est internet qui a récolté presque tous les lauriers durant deux ans. On a fait un peu de click and collect, pour nos habitués. Mais la survie a été difficile » se rappelle le patron du Cube. 

Alors qu’une sorte de politique anti-solde semble régner dans les boutiques pour adultes, sur la toile, la concurrence fait rage. Un employé du service après-vente s’occupant des sites internet d’une trentaine de sex-shops parisiens, notamment du Sexodrome, le plus grand de France, le confirme : « Aujourd’hui, les premiers sex-shops doivent se réinventer. Durant, le confinement, beaucoup se sont créé des sites internet pour rivaliser avec les plateformes présentes depuis longtemps comme Dorcel ou encore Clara Morgane Store qui eux, se permettent de proposer des soldes uniquement en ligne ». Ces deux exceptions se veulent toutes deux aux antipodes des sex-shops sombres et mal famés d’autrefois. Adieu vulgarité, bienvenue dans une atmosphère glamour, raffinée et rassurante. 

« Boutiques de cadeaux pour les grands » : fast-fashion pour nos orgasmes ? 

Rue du Sec-Arembault, Isabelle, la gérante de la boutique Passage du désir revendique cette révolution des enseignes d’objets pour adulte. « Ici, ce n’est absolument pas un sexshop mais plutôt un loveshop ou même une boutique de cadeaux pour les grands. Il n’y a rien à caractère pornographique. On a une approche complètement différente », constate-t-elle. La boutique violette attise la curiosité en proposant des accessoires, certes érotiques, mais surtout branchés. Des livres, des jeux de société, un calendrier pour attendre la Saint-Valentin, et quelques sex-toys très design… « On fait les soldes d’hiver et d’été. On les a toujours faites », explique Isabelle. Moins 50% sur les chapelets annales, moins 30% sur le stimulateur du point G ou encore les boules de Geisha… Les promotions s’étalent de 30 à 70% sur plus d’une vingtaine d’objets. 

« Les soldes d’hiver marchent très bien. À partir du moment où les remises sont intéressantes, on vend. Et l’approche de la Saint-Valentin fait d’autant plus augmenter nos ventes », observe la responsable de Passage du désir. Le pari est réussi, la boutique, en ce premier jour de soldes, ne désemplit pas. Un public de tout âge s’approprie les lieux, la gêne d’antan désormais oubliée. Un homme de 75 ans n’hésite pas à s’acheter un masturbateur. Et Élisa, 35 ans, cherche elle aussi, un stimulateur clitoridien. Bonne nouvelle, le « Womanizer » est à moins 20%. « Il coûte 149 euros au lieu de 189. Cela reste un budget conséquent, je ne pouvais l’acheter hors solde. Mais il est tellement mythique », se réjouit la trentenaire. D’après France Bleu, le « Womanizer », stimulateur clitoridien commercialisé par le groupe allemand Wow Tech aurait atteint le chiffre impressionnant de +185% de ventes supplémentaires en 2020. Plus de 4 millions de femmes auraient déjà succombé, selon Le Point, à cet accessoire dédié au plaisir féminin. La fast-fashion serait-elle à la conquête de nos orgasmes ?… 

Marie Chéreau