Blanquer à Ibiza ou Boris Johnson et sa « partygate » : pourquoi ça énerve autant ?

Voir les dirigeants prendre du bon temps en pleine crise sanitaire a le don d’agacer. Violence symbolique, le fossé se creuse entre les citoyens et les chefs d’états. Le dernier en date : face aux protocoles sanitaires qui n’en finissent pas de changer, parents et enseignants n’en peuvent plus. Alors qu’un nouvel appel à la grève a été lancé par les syndicats, un détail de l’emploi du temps du ministre de l’Éducation vient mettre de l’huile sur le feu. 

Lorsqu’il a donné son interview détaillant le nouveau protocole pour les écoles au Parisien, le 2 janvier, soit la veille de la rentrée, Jean-Michel Blanquer était …en vacances, à Ibiza. Une révélation de Médiapart, sortie le 17 janvier, qui a provoqué tout un tas de réactions politiques. Les appels à la démission du ministre se multiplient, déjà en mauvaise posture et en froid avec une partie du gouvernement. S’il n’a rien fait d’illégal, le symbole entache encore un peu plus sa réputation. 

Un problème, deux ambiances

Le problème n’est pas qu’un homme d’État prenne du bon temps. « Et s’il n’y a rien de grave en soi à ce qu’un ministre aille en vacances, il y des périodes plus ou moins propices, considère Charlotte Euzen, professeure de communication politique à Sciences Po Lille. « Là, c’est une sortie de route assez grossière. »

Entre le délai de la communication du protocole sanitaire et le lieu dans lequel ça s’est déroulé, le cocktail est explosif. L’île espagnole choisie par Jean-Michel Blanquer n’aide pas à calmer les esprits : elle est « incompatible avec l’exercice de la fonction publique », appuie la politologue. Ibiza, c’est la fête, du luxe, des plages de sable fin. Le sérieux, l’efficacité et la rigueur ne sont pas d’actualité. Mea-culpa du Ministre : « Il se trouve que le lieu que j’ai choisi, j’aurais dû en choisir sans doute un autre » face à l’Assemblée nationale, affirmant regretter la « symbolique » de ses vacances à Ibiza. 

Cette violence symbolique est d’autant plus forte quand les administrés voient leurs conditions de travail dégradées par la crise sanitaire. « On a besoin d’avoir un ministre qui fasse preuve d’exemplarité, surtout dans la période », a déploré Valérie Dubromelle, institutrice dans une école maternelle picarde. « Déjà qu’on sentait le fossé se creuser, ça ne va pas arranger les choses. » Pour l’enseignante, les vacances du ministre renforcent l’impression que la crise a toujours été gérée avec légèreté et indifférence, entraînant la colère des enseignants.

Un mauvais timing

Et qu’est-ce que la colère ? Un besoin de se défendre et donc de se faire respecter, selon le psychothérapeute Gonzague Masquelier, interrogé par Psychologies magazine. En discutant du sort des professeurs et d’élèves depuis une île espagnole, le ministre de l’Éducation donne l’impression de ne pas s’en soucier particulièrement. « Le symbole est terrible, tout le monde a le droit de prendre des vacances, a affirmé Sophie Venetitay, secrétaire générale du Snes-FSU auprès de France Inter. « On était la veille d’une rentrée particulière, on était tous en train d’attendre de savoir comment on allait organiser la rentrée. » 

D’un côté, un ministre qui profite de ses vacances jusqu’à la dernière minute ; de l’autre, des professeurs sans aucune consigne à la veille de la reprise. La question que beaucoup de Français se posent aujourd’hui : peut-on accorder notre confiance à quelqu’un qui ne nous ressemble en rien ?

Un phénomène mondial

Mais la France n’est pas la seule touchée par cette crise inédite. Outre-Manche, le Premier ministre Boris Johnson se rend à des soirées clandestines en plein confinement, pendant que les Britanniques restent confinés chez eux. « Je me souviens très bien de ce que je faisais le 20 mai 2020, alors que Boris Johnson avait invité plus d’une centaine de personnes chez lui, pour se détendre après une “période particulièrement chargée”. C’est le jour où j’ai enterré ma sœur », écrit l’acteur et dramaturge Rory Kinnear, dans les colonnes de The Guardian.

Le télétravail de Jean-Michel Blanquer au soleil n’a enfreint aucune règle, contrairement au Premier ministre britannique, qui est aussi appelé à la démission. Mais les deux scandales mettent l’accent sur le besoin d’exemplarité des politiques, surtout en période de crise. Il a été régulièrement reproché au gouvernement une certaine infantilisation des citoyens.

Claire Boubert