Sorties du box-office : Netflix privilégié ?

Après plusieurs mois de discussions entre les principaux acteurs de l’audiovisuel, un terrain d’entente a enfin été trouvé pour redéfinir l’ordre chronologique de la diffusion d’œuvres cinématographiques entre les médias. Ce nouveau contrat qui devrait prendre effet le 10 février prochain est à l’origine de nombreuses tensions dans le monde du cinéma.

Depuis lundi dernier, les acteurs du cinéma français ont signé avec le ministère de la Culture, la nouvelle chronologie des médias pour les trois prochaines années. Cet accord permet de définir l’ordre de diffusion d’un film après sa sortie entre les différents médias comme les chaînes de télévision, les services à la demande, les plateformes de streaming… et c’est au niveau de ce dernier média que les tensions sont nombreuses.

Avec la nouvelle chronologie, Netflix bénéficie d’un avantage sur ses concurrents et même sur les autres chaînes de télévision françaises. Ce géant du streaming dirigé par Reed Hastings obtient ainsi les droits de transmission des films 15 mois après leur sortie en salles contre 36 auparavant. Les autres diffuseurs de streaming devront attendre 2 mois de plus, soit 17 mois après la sortie d’un film au cinéma pour pouvoir le retransmettre.

C’est un avantage conséquent pour Netflix évidemment qui lui permet de se détacher de ses adversaires, et c’est pour ça qu’il a déjà signé l’accord alors que ses concurrents émettent encore des réserves. Plusieurs de ces autres services de streaming regrettent notamment le manque d’équité entre tous les acteurs, ceux qui le diffusent avant seront forcément plus avantagés que le reste.

Avantages aux investisseurs

Cette répartition s’explique avant tout au niveau financier : plus les investisseurs mettent la main au porte-monnaie, plus il bénéficie d’un meilleur avantage. La chaîne de télévision privée Canal+ qui est le premier diffuseur et investisseur français dans le cinéma, bénéficie ainsi de plus de 400 films en exclusivité chaque année. Elle a même annoncé investir 600 millions d’euros pour les trois prochaines années pour conserver sa place de leader.

De son côté, Netflix qui a intégré le système français de financement des productions audiovisuelles et cinématographiques en décembre dernier comme ses rivaux, s’est engagé à financer de « petits films » à hauteur de 3 à 4 millions d’euros pour 10 films par an en moyenne. Ce qui représente environ 30 à 40 millions d’euros par an dans le cinéma.

Comparaison nouvelle et ancienne chronologie des médias
infographie : Alizé Lorion

Une chronologie jugée trop « favorable »

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a même annoncé qu’elle ne signerait pas cet accord qu’elle juge trop « favorable » pour certains actionnaires.

« Personne ne peut imaginer que les termes de cet accord peuvent aujourd’hui rester en vigueur pour une durée de trois ans. Les mutations rapides du secteur en termes d’offre, de technologie et de demande conduiront inéluctablement à une évolution rapide de la place du cinéma dans l’ensemble des offres disponibles sur le marché français. »

a déclaré la SACD.

Cet accord qui devrait être mis en place le 10 février prochain prévoit aussi une clause de revoyure d’ici l’année prochaine pour établir un premier bilan et par la suite acter le contrat sur 3 ans.

Alizé Lorion