« C’est la galère financièrement » au LUC Lille handibasket

« Rendre accessible au plus grand nombre la pratique sportive pour les personnes en situation de handicap physique. » Tel est le leitmotiv du Comité régional handisport des Hauts-de-France. Appliquée à un niveau municipal, cette doctrine se retrouve dans la politique de la ville de Lille. Mais comment vivent ces clubs et quelles subventions leur sont accordées ? Nous avons rencontré le LUC Lille Handibasket, qui évolue au plus haut niveau national.

Chaïd Brito Da Silva, 24 ans, au club depuis 3 ans, et Abdel-Walid Hermosilla, 20 ans, présent à Lille depuis 2 saisons, nous reçoivent au bord du terrain de handibasket. Assis par terre et non dans leur fauteuil, ils nous expliquent leur venue dans les Flandres. Chaïd, originaire d’Amiens, a joué pour différents clubs, notamment au sein du pôle formation de Bordeaux pendant 6 ans. Mais il a ensuite souhaité se rapprocher de sa famille et est donc arrivé à Lille. Abdel-Walid est lui aussi passé par ce pôle formation, avant de revenir dans le Nord. Ce dernier est originaire de Dunkerque. Leur handicap respectif n’est pas une barrière et chacun raconte ce qu’il lui est arrivé. Chaïd a été victime d’une leucémie à l’âge de 6 ans et a perdu brutalement l’usage de ses jambes. Abdel-Walid a quant à lui été touché par une méningite dès ses 18 mois, ce qui a provoqué une gangrène puis une amputation de ses membres.

Découverte du basket fauteuil par hasard

Le basket fauteuil n’était pas pour eux une évidence. Chaïd le découvre à 15 ans grâce à une journée organisée par son collège. C’est également par le biais de son école qu’Abdel-Walid atterrit sur un terrain d’handibasket : une surveillante de son établissement, qui était présidente du club de Dunkerque, lui a un jour proposé de tester. Pourtant, tous les deux ont très vite accroché et se retrouvent aujourd’hui au LUC Lille handibasket, club qui évolue en Pro A (meilleur niveau national) depuis 3 ans. « Il y a un très bonne entente au sein du groupe » décrit le plus jeune. Du côté sportif, ce début de saison est plus compliqué : « Nous sommes avant-dernier de Pro A, expose Chaïd. Nous avons perdu deux matches à cause d’erreurs bêtes. Ça ne se joue pas à grand-chose. » L’évolution des règles du championnat peut expliquer cette place au classement : « Depuis cette année, il n’y a plus de quota de joueurs étrangers titulaires sur la feuille de match, continue-t-il. Avant, un club ne pouvait aligner que trois étrangers maximum par rencontre. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. De nombreux nouveaux joueurs sont donc arrivés en France et cela a fait augmenter le niveau global. Mais c’est bien, c’est ce qu’il nous faut pour progresser. »

Si le LUC Lille handibasket tire son épingle de jeu sportivement, c’est plus compliqué financement.

Autour du coach américain, Le LUC Lille handibasket s’entraîne plusieurs fois par semaine.

Une évolution financière en 5 ans, pourtant insuffisante

Romuald Guidez, président du club depuis 5 ans et joint par téléphone, nous fait un point très détaillé. « Quand je suis arrivé, le budget annuel du club était compris entre 35 000€ et 40 000€. La ville et la région nous versait chacun 7 500€, la MEL 20 000€ et nous avions quelques sponsors privés. » Mais selon ses mots, « cela ne fait pas vivre un club. » En effet, 7 500€ représente deux déplacements pour des matches. « Ce qui coûte le plus cher, ce sont les transports. Quand vous avez 12 fauteuils de ville plus 12 fauteuils de sport à transporter en train ou en avion, l’addition grimpe vite. » Romuald a demandé plusieurs fois à la ville des subventions pour acheter un camion mais cela n’a pas encore abouti.

Cinq ans après son arrivée, les choses ont évolué. Même si ce n’est pas encore suffisant pour concurrencer les autres clubs de Pro A. Le budget minimum de ces équipes est environ de 250 000€. Aujourd’hui, le LUC Lille handibasket est loin de ce chiffre-là : « La mairie et la région ont doublé leur financement, elles nous versent actuellement 15 000€ chacune par an. La Métropole a quant à elle bien joué le jeu, notamment grâce à nos bons résultats les années précédentes (6e puis 8e de Pro A) et nous aide à hauteur de 50 000€. » Le club de basket fauteuil atteint donc un budget annuel de 80 000€ actuellement.

Mais ce qui a du mal à passer auprès de Romuald Guidez, ce sont les différences comparées aux clubs valides. « Les grilles de subventions ne sont pas les mêmes. Le LMB (Lille Métropole Basket) par exemple évolue en Pro B, un cran inférieur au niveau national. Et pourtant, le club dispose d’un budget 15 fois supérieur au nôtre. Je ne suis pas magicien, c’est un peu la galère tous les jours. Si la MEL passait ses subventions de 50 à 150 000€, ça sera super (rire). »

Amélie Desjuzeur