Premier livre imprimé il y a 567 ans : merci Gutenberg !

Même avec les prouesses technologiques et numériques que l’époque nous propose, il est toujours agréable de lire un livre en format papier. L’action de feuilleter les pages qui le compose, ainsi que de sentir l’odeur de ces dernières au fil de la lecture nous propulse dans notre imaginaire sans limite. Ce sentiment, nous le devons essentiellement à un homme : Johannes Gutenberg. Le 23 février est considéré comme étant la naissance totale de l’imprimerie, du fait que la bible a été proposée pour la première fois sous cette nouvelle forme d’édition. Retour sur l’évolution du procédé afin de comprendre sa nécessité.

La xylographie commence à s’essouffler

La xylographie représente la forme primitive de l’imprimerie comme nous l’entendons. Cette pratique se caractérise par trois parties : on taille le bloc de bois ; on grave dans le sens des fibres ; on l’imprime grâce à une feuille de papier que l’on presse en frottant son verso avec une balle de crin. Bien que très longue, l’imprimerie xylographique a su devenir pendant un temps la réponse moderne à la problématique de nécessité d’imprimer des manuscrits, dont la production se résumait à la copie les uns après les autres.

Vidéo exposant la technique de la gravure sur bois (source : Musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique / YouTube)

Mais avec le temps, la demande de manuscrits n’a cessé de croître. Le travail long, délicat et la demande de souplesse que demandait la xylographie ne permettait pas de répondre correctement à la demande. De plus, le tirage était très limité du fait que les blocs à graver s’usaient très vite.  Il fallait innover. Et c’est à ce moment précis que Johannes Gutenberg entre en jeu pour exploiter et proposer une nouvelle forme d’imprimerie : la forme typographique.

Gutenberg met en place l’imprimerie typographique à « l’encre de son front »

Même si la typographie se révèle être comme la nécessité à appliquer pour le domaine de l’imprimerie, son exploitation a nécessité toute une vie de labeur pour Gutenberg.

D’abord, il fallait mettre au point une écriture capable de résister au temps et donc à l’usure. Johannes a alors proposé de mettre en place des caractères métalliques. Les nouvelles découvertes scientifiques sur ledit matériau ont permis d’affirmer qu’il était capable de mieux résister au temps. Cependant, un détail était important quant à la mise en place des caractères : ces derniers devaient être totalement identiques. La gravure de ces caractères devenait alors un véritable travail d’orfèvre, demandant patience et minutie.  Ce facteur représentait à lui seul l’avenir de l’entreprise de Gutenberg. Si les caractères étaient identiques, le succès était assuré. A l’inverse, si des différences étaient perçues, on pouvait dire adieu à la typographie.

La découverte d’un autre procédé pour imprimer les textes était également nécessaire. Il fallait mettre en place un dispositif qui permette une pression à la fois puissante et mécanique. La presse à imprimer typographique est alors née autour des années 1450. Munie d’un chariot mobile ainsi que d’un châssis sur lequel est posée la feuille à imprimer, l’imprimerie typographique annonce une véritable révolution en matière de technique. 

Enfin, il fallait trouver une encre tenace. Gutenberg décide alors de mettre en place une encre dont le principal composant s’avère être l’huile. La particularité de ce composant permet à l’encre d’être grasse, ce qui lui permet d’enduire les caractères métalliques et de laisser des empreintes convenables sur le papier.

Estampe Impressio Librorum datant du XVIème siècle (source : BNF)

Quel accueil pour l’imprimerie typographique ?

Pour mettre en avant au maximum sa manière de produire des manuscrits et de les imprimer, Gutenberg décide, le 23 février 1445, d’imprimer en au nombre de 300 exemplaires la Biblia Sacra Latina. Elle devient alors le premier livre européen à être imprimé de cette manière, c’est à dire avec 42 lignes par page. Vivant dans une époque où la majorité des hommes et femmes sont croyants, elle deviendrait plus accessible à qui veut l’acquérir tant que la personne sait lire. Pour ce cas, il ne s’agit pas véritablement d’une volonté pour Gutenberg de désacraliser l’ouvrage, mais l’imprimerie permet donc à ceux qui le souhaitent, de se faire leur propre opinion sur les questions religieuses et théologiques présentées au fil des lignes.

Exemplaire de la Bible de Gutenberg, conservé à la New York Public Librairy, aux États-Unis (source : futura-sciences)

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un véritable succès pour le nouveau dispositif d’imprimerie. La nouvelle manière d’imprimer s’est ébruitée assez rapidement, intéressant alors les mécènes comme Jean de Rohan, Jérôme Rodler et bien d’autres. Cet intérêt par la noblesse a permis à l’imprimerie de fortement se développer au sein de nombreuses villes comme Mayence, Cologne, Strasbourg ou encore Augsbourg.

Dans un premier temps, les nombreux demandeurs sont les membres du clergé, pour permettre l’expansion de la parole divine. Puis, ce sont les universités qui ont fortement demandé l’implantation d’imprimeries. Cette demande se traduit par la volonté de diffuser les textes classiques comme ceux de Valère-Maxime, Salluste et Cicéron afin d’enrichir les corpus s’inscrivant dans le domaine médical, juridique et théologique. Les connaissances deviennent alors de plus en plus accessibles.

Grâce à l’imprimerie mise en place par Johannes Gutenberg, la diffusion des idées, quels que soient leurs domaines, s’est considérablement facilitée. C’est grâce à l’imprimerie par exemple que les écrits de Luther ont pu se répandre massivement au sein de l’Europe, amplifiant alors le mouvement du protestantisme au cours du XVIème siècle. Encore très limitée par la volonté de l’Eglise qui ne souhaite pas voir s’estomper les messages qu’elle propose, l’imprimerie qui relate du domaine religieux est restreinte pendant plusieurs décennies. Pour ce qui est des nouvelles découvertes au cours de la période moderne, l’imprimerie a essentiellement aidé à la compréhension de la science, des arts et de la technologie. Elle devient totalement libre à la révolution française.

Si aujourd’hui il nous est possible de lire notre journal le matin, ou même un livre qui nous plait, c’est majoritairement dû à Gutenberg. On le remercie !

Romain LESOURD