L’Antarctique, nouvelle victime du tourisme

Alors que nombreux d’entre nous rêvent d’échapper au train-train quotidien en partant à l’étranger, l’Antarctique est devenue une nouvelle destination appréciée des touristes. Des touristes qui n’oublient pas de laisser leur empreinte sur le continent.

Tout le monde ne peut pas embarquer dans un bateau à destination de l’Antarctique. À 15 000 euros l’expédition, seuls les plus fortunés peuvent se permettre ce voyage à bord d’un navire de croisière vers le Continent Blanc. Cela n’empêche pas pour autant le tourisme d’exploser. Dans cet espace polaire unique, les visites existent depuis 1967. Elles se sont accentuées depuis le début des années 2010. En l’espace d’un an, entre 2019 et 2020, 70 000 voyageurs ont été décomptés vers l’Antarctique. Un chiffre impressionnant, qui prend une nouvelle dimension lorsque l’on apprend que le tourisme représente 67% des voyages en Antarctique.

Exemple de croisière touristique à destination de l’Antarctique

On le sait, ces voyages polluent. Dès 2011, des premières mesures ont été prises pour limiter au maximum l’impact des visiteurs. L’Organisation Maritime Internationale a voté l’interdiction du transport de fioul lourd. Plusieurs compagnies maritimes ont dû arrêter de proposer des croisières en Antarctique en conséquence. Et sur place, les promenades sont encadrées : 100 visiteurs sur place, qui restent seulement trois heures. Ces limitations visent à protéger la région, mais elles ne font que ralentir légèrement l’influence du tourisme sur le continent.

Un écosystème de plus en plus menacé

En contenant 90% des réserves d’eau douce, l’Antarctique est la cible principale du réchauffement climatique. Et ce fameux réchauffement climatique ne fait que s’accélérer avec la massification du tourisme. Pour illustrer, chaque touriste dégage 5 tonnes d’émission de CO2 pour s’y rendre. En comparaison, un Britannique émet en moyenne la même consommation de CO2 à l’année. Pollution, perturbation de la faune locale et marine, les vacanciers sont très nocifs pour l’ éco-système.

Plus concrètement, ce sont les bateaux qui fragilisent l’environnement. Des espèces (moules, crabes, algues) et des parasites s’accrochent aux coques des navires venus des quatre coins du monde et viennent envahir les fonds marins et menacer la biodiversité. Toutes ces espèces invasives émergent aussi avec la fonte des glaces, qui s’accélère avec la pollution produite par ces mêmes bateaux. Les scientifiques sont alarmants vis-à-vis de ces espèces, qui sont isolées depuis 15 à 30 derniers millions d’année et qui n’ont par conséquent jamais été étudiées. On ne saurait donc pas réagir face à l’apparition de ces envahisseurs.

Des touristes vont poser le pied sur l’Antarctique après leur arrivée en bateau de croisière
© Mer et Marine – Vincent Groizeleau

Des protocoles à appliquer pour réduire la destruction de l’environnement

Aujourd’hui, il est toujours possible de se rassurer puisqu’aucune espèce marine envahissante ne réside dans les eaux du Continent Austral. Le British Antarctic Survey prévoit de lutter contre la destruction de l’écosystème de l’Antarctique par les bateaux de croisière, en commençant par instaurer un protocole de biosécurité amélioré. Les navires seront inspectés de fond en comble avant de partir dans les eaux australes, pour vérifier, via des caméras de surveillance, s’il y a un nettoyage fréquent et appliqué.

Le tourisme est également à réguler pour essayer de soulager l’Antarctique. L’humain lui-même détruit à son échelle l’écosystème, en balançant des déchets, en bouleversant la vie des animaux et en étant à l’origine de nuisances sonores. Limiter davantage les trajets des vacanciers semble donc indispensable pour que la situation ne devienne pas critique dans cette zone aussi sensible que cruciale pour la survie de notre planète.

Louis Havet