« The London Bridge is down ! » Quel protocole à la mort de la reine Élisabeth II ?

Le monde royal britannique et mystérieux et il le restera à la mort d’Élisabeth II. À l’entente du code « The London Bridge is down », les plus proches de la reine seront au courant de sa mort. Pour partager la nouvelle aux autres, un protocole rigoureux est à respecter.

Récemment, la santé de la reine d’Angleterre a inquiété ses fidèles. Visites à l’hôpital, photographies en béquille, rendez-vous en visioconférence et à distance… Son état de santé semble devenir instable seulement quelques mois après la mort de son bien-aimé, le roi Philip. À l’âge de 95 ans, Élisabeth II règne sur le Royaume-Uni et les autres royaumes du Commonwealth depuis 70 ans, un record de souveraineté dans l’histoire de la monarchie britannique. Le 20 février dernier, le monde apprend que la reine est positive au Covid-19 avec de « légers symptômes ». Même si Buckingham rassure sur son état, les Anglais restent soucieux alors que le roi mourrait quelques mois plus tôt du même virus.

Première étape : qui sera présent à ses côtés ?

Parmi les différentes théories qui existent sur les motifs de la mort d’Élisabeth II tenues par Buckingham, le gouvernement ou la BBC, la plupart envisage que la reine cédera à un virus de petite envergure, déjà affaiblie par son âge. Elle sera alors entourée de ses médecins et proches. On suppose également qu’elle aura la possibilité d’agir comme sa mère, la reine Elizabeth Bowes-Lyon, en appelant ses amis afin de leur dire au revoir et de faire don de ses nombreux chevaux.

Durant ses dernières heures, le médecin attitré de la reine, un gastro-entérologiste nommé Professeur How Thomas, sera en charge de ses derniers instants. Il veillera sur elle, contrôlera qui rentre ou pas dans sa chambre, et considérera ce qui doit être rendu public – ou non. Il y aurait alors des communiqués de la part de Buckingham Palace attestant de son état – des informations incomplètes, mais suffisantes. Et alors que ses yeux se fermeront à jamais, le prince Charles deviendra roi et ses frères et sœurs scelleront son destin en lui baisant les mains.

Deuxième étape : qui sera au courant ?

Le premier à se charger officiellement de la nouvelle sera Sir Christopher Geidt, le secrétaire privé de la reine. Il contactera alors le Premier ministre, actuellement Boris Johnson. Il y a 65 ans, le décès de George VI avait été communiqué par le code « Hyde Park Corner ». Pour Élisabeth II, le plan pour la suite est connu sous le nom du « London Bridge ». Le Premier ministre sera réveillé et ses fonctionnaires prononceront « The London Bridge is down » sur les lignes téléphoniques sécurisées.

Photo du London Bridge à Londres

La nouvelle sera communiqué à 15 gouvernements extérieurs au Royaume-Uni, où la reine est aussi cheffe d’État, et aux 36 autres États du Commonwealth pour lesquels elle a servi le symbole de prête-nom depuis l’aube de l’ère atomique. Pendant un moment, la reine sera morte sans que l’opinion publique ne le sache. L’information voyagera comme l’onde d’une vague informant d’un tremblement de terre, détecté seulement par un équipage spécialiste. Les gouverneurs généraux, les ambassadeurs et les Premiers ministres seront les premiers à être informés. Les placards s’ouvriront à la recherche de brassards noirs pour être portés symboliquement sur le bras gauche.

Troisième étape : comment allons-nous apprendre son décès ?

En réalité, nous, en tant que population « lambda », apprendrons la nouvelle du décès de la reine bien plus rapidement qu’à l’époque. Le 6 février 1952, George VI était retrouvé mort par son valet à 7h30 du matin ; la BBC a partage la nouvelle qu’à partir de 11h15, presque quatre heures après. Lorsque la princesse Diana meurt à 4 heures du matin le 31 août à l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, les journalistes l’ont su dans les quinze minutes qui ont suivi. Pendant longtemps, la BBC était la première à être informée des décès royaux, mais son empire du monopole a maintenant disparu. 

Lorsque Élisabeth II décèdera, l’annonce sera partagée tel un flash spécial d’information à l’association de presse et simultanément aux médias du reste du monde. Au même moment, un valet de pied émergera devant une porte du Buckingham Palace dans des vêtements de deuil afin d’accrocher un message d’attention sur les portails. En même temps, le site officiel du palais sera transformé en une sombre et seule image, montrant le même texte sur un fond noir.

Quatrième étape : propager la nouvelle – une nécrologie déjà préparée

Si la réaction des internautes sera spontanée, les chaînes télévisées ont déjà prévu de stopper leurs programmes pour partager la nouvelle et les radios émettront également une alerte info de dernière minute. Toutes les rédactions se battront bec et ongles afin d’obtenir des images cultes et des informations exclusives. Chez le Guardian, le rédacteur en chef a une liste infinie de versions différentes préparée et accrochée à son mur. Le Times a admis avoir déjà 11 jours de couverture médiatique prêts à être publiés. Du côté de Sky News et ITN, qui ont répété pendant des années la mort de la reine, la parole sera donnée aux experts de la famille royale.

En partant des Unes jusqu’à la position exacte des intervenants pour les duplex : tout est déjà prévu. Toutes les stations de radio ont préparé des listes de musiques intitulées soit « Mood 2 » (triste), soit « Mood 1 » (plus triste), et composées de chansons prêtes à être lancées à temps pour ce deuil soudain. Mais ces plans mis en place n’ont pas toujours aidé. En 2002, lorsque la mère de la reine meurt, les lumières de nécrologie n’ont jamais été allumées alors qu’un technicien n’avait pas correctement abaisser le bouton dédié pour cela. 

Pour les présentateurs de journal télévisé, les tenues sont également déjà prêtes. Ils porteront des costumes et cravates noirs. Les programmes s’arrêteront et les réseaux fusionneront. Les chaînes de BBC 1, 2 et 4 seront interrompues et diffuseront silencieusement leur identité visuelle respective avant de s’associer pour annoncer la nouvelle. Les internautes fidèles de Radio 4 et Radio 5 entendront une formation spécifique de mots, « This is the BBC from London », qui, intentionnellement ou non, fera appel à un esprit d’urgence nationale. 

La principale raison de ces entraînements est de pouvoir mettre des mots difficilement prononçables dans un moment pareil et de manière naturelle. À la mort de George VI, le présentateur de BBC, John Snagge, annonçait : « C’est avec le plus grand des chagrins que nous faisons l’annonce suivante ». Selon le directeur de la chaîne nationale, des mots similaires seront utilisés pour la reine Élisabeth II. Mais les entraînements sont différents que les autres : « elle est la seule monarque que la plupart d’entre nous avons connue ». L’émotion se mêlera à l’information. Les normes royales apparaîtront sur les écrans. L’hymne nationale sera jouée. Le monde se souviendra à jamais de ce moment.

Cinquième étape : le début d’une nouvelle ère

Le reste appartient à l’avenir. À la mort d’un monarque, le prochain doit être rapidement couronné. Le prince Charles prendra les reines de sa mère. Son couronnement mettra officiellement fin à plus de 70 ans de règne. Alors qu’Élisabeth II est devenue reine à l’âge de 27 ans, son fils a aujourd’hui 73 ans, un âge bien tardif pour être couronné ans l’histoire de la monarchie anglaise.

Il est certain que le monde entier se souviendra de la reine Élisabeth II. Au cours de son long règne, elle a vu se succéder quinze Premiers ministres britanniques différents (seize au total) et elle a connu chaque président de la Ve République française. À sa mort, une nouvelle ère commencera. Le plan secret « London Bridge » prévoit 12 jours de deuil national. Dans les faits, ce deuil continuera bien plus longtemps pour les fidèles Anglais.

Chloé Gomes