Quelle place pour les femmes dans le cinéma d’horreur ?

Les femmes ont beau être sous-représentées au cinéma, il y a un genre dans lequel elles mènent presque invariablement la danse : les films d’horreur. Ripley dans Alien, Laurie dans Halloween, Carrie, Reagan dans L’Exorciste : beaucoup de grands classiques de l’horreur ont une femme comme actrice principale. Mais pour autant, les clichés et stéréotypes restent encore d’actualité.

Une femme qui hurle en gros plan. Un monstre sanguinaire et psychopathe qui la poursuit. Disons le d’emblée, les spectateurs regardent des films d’horreur pour la violence, qu’elle soit physique ou psychologique. Dans une société patriarcale, les femmes sont le plus souvent violentées, et les films d’épouvantes participent activement à ces clichés.

C’est aussi dans ce genre que l’on trouve le plus de stéréotypes cinématographiques exclusivement féminins, comme la scream queen qui s’égosille face au monstre ou la final girl, la fille qui survit à la fin du film. Des clichés réducteurs, mais qui ont au moins le mérite d’exister. Comme l’affirme Lauren Cupp, autrice d’une thèse sur la final girl, « il y a plus d’exemples de femmes qui dominent dans les films d’horreur que dans n’importe quel autre genre ».

Une demoiselle en détresse

Si l’on trouve autant de femmes dans les films d’horreur, c’est d’abord malheureusement parce qu’à en croire la société, ces dernières font d’excellentes victimes. C’est de là que vient l’attrait de la scream queen. Pour faire court, il s’agit de la demoiselle en détresse, souvent très jolie et légèrement vêtue, qui se retrouve poursuivie et maltraitée par le monstre du film. Généralement, elle crie beaucoup. Le ressort sous-jacent de la scream queen, c’est l’émotivité supposée des femmes. Vous n’allez pas voir un film de quatre-vingt-dix minutes sur un mec dans une maison hantée qui n’arrête pas de dire « T’inquiètes bébé, tout va bien, n’y a rien à voir ici ».

Au début, l’héroïne de film d’horreur était donc principalement là pour avoir des émotions mais également faire joli. Victime, objet de désir, outil d’identification et vecteur narratif : dans les films qui font peur, la femme remplit une multitude de rôles… Y compris celui du monstre. Car quoi de plus effrayant que la nature féminine ?

Mais l’élément le plus terrifiant chez les femmes, c’est bien connu, c’est leur sexualité. C’est là qu’un autre cliché, celui de la final girl, intervient. En 1978, Jamie Lee Curtis incarne pour son premier rôle au cinéma le personnage iconique de Laurie Strode dans Halloween. Le succès du film est tel qu’il lance la mode des slashers, ce sous-genre où des ados sont tués les uns après les autres, et dans lesquels le personnage principal est souvent une femme.

L’horreur a toujours été un genre très sexualisé, où le monstre représente souvent une menace sexuelle. C’était déjà le cas dans Psychose d’Alfred Hitchcock, où Norman Bates est un voyeur. Mais ce sont les slashers qui viennent véritablement entériner cette idée : les jeunes femmes y sont souvent punies si elles ne sont pas « pures » moralement.

Des personnages qui résistent

Heureusement, comme tous les clichés de l’horreur, celui-ci finit par être subverti. Alors qu’Hollywood réalise que les femmes aussi regardent des films d’horreur, le cliché de la final girl évolue. Celle-ci devient plus active et ne se contente plus de fuir, comme Sally qui sautait à l’arrière d’une voiture en marche pour s’échapper dans Massacre à la tronçonneuse. Désormais, la final girl est aussi celle qui tue le tueur, et elle se bat physiquement.

Coups de pieds, coups de poings ou de pic à glace : la nouvelle final girl n’abandonne jamais, et tous les moyens sont bons pour s’en sortir. Dans Midsommar, Us, Hérédité ou Babadook, les femmes jouent un rôle crucial sans être définies comme des final girls

Ces nouvelles thématiques ne sont pas anodines ; elles reflètent aussi l’arrivée de toute une nouvelle génération de femmes cinéastes dans le cinéma d’horreur contemporain. Sans doute parce que l’horreur reste l’un des rares genres où il est encore possible de réaliser une pépite avec très peu de moyens, et que les femmes bénéficient souvent de budgets plus faibles que les hommes pour réaliser leurs films. Mais aussi parce que l’horreur est un genre cathartique et politique, qui permet de parler de marginalisation et de discrimination de manière métaphorique.

Malgré tous les clichés auxquels il fait appel, c’est bien là le pouvoir émancipateur du film d’horreur : il crée une catharsis salutaire pour les femmes, qui peuvent se voir représentées en tant qu’héroïnes, capables de vaincre n’importe quels démons, petit ami abusif ou tueur en série. Tout ça dans le confort de leur canapé, ou de leur siège de cinéma.

Claire Boubert