Le voyage de Sasha depuis Kiev pour fuir la guerre

Sasha a 22 ans et habite à Kiev en Ukraine. Quand la guerre a éclaté, elle a fui le pays avec sa mère et sa soeur pour se réfugier en France. Elle raconte son voyage.

24 février 2022, 5 heures du matin, Kiev. Sasha se fait réveiller par sa mère paniquée :  « On se fait bombarder ! ». La guerre est là. Terrifiée, Sasha prévient sa petite sœur Ksenya pendant que sa mère, Lana, va chercher leur chien. Ensemble, elles s’empressent de se réfugier dans le sous-sol des grands-parents. Même cachée sous terre, Sasha entend les bombardements sur la capitale qui font trembler les murs. Le début d’un cauchemar.

Sasha dort dans la cave de ses grands-parents pour se protéger des bombardement à Kiev.

Dans cette cave, les heures sont longues. « Pour ne pas se faire tuer, le gouvernement nous a imposé un couvre-feu tout le week-end », explique-t-elle. Mais difficile de rester enfermé avec un chien, et trop peu de nourriture pour cinq personnes. Rien d’autre à faire que d’épier les infos.

« Il fallait partir »

La situation est grave, le conflit s’intensifie et Sasha est terrorisée. « J’ai dit à ma mère qu’il fallait partir avant qu’il ne soit trop tard ». Un choix difficile pour Lana qui doit se résigner à laisser ses parents ici. Mais lundi, quand Sasha arrive à contacter des amis français prêts à les accueillir, elles sont unanimes : il faut partir.

Commence un long voyage tout aussi terrifiant pour la famille ukrainienne. En pyjama, munies de leurs papiers et accompagnées par leur chien, elles se ruent vers la gare. « Tout le monde voulait s’enfuir. Les gens ont commencé à se battre pour avoir une place » témoigne Sasha. Après avoir été menacée au couteau, la famille arrive à grimper dans une rame. Mais à peine partie, le train se fait bombarder.

Fuir par tous les moyens

« On s’est tous jetés au sol. Les bombes explosaient autour de nous, j’avais tellement peur » confie-t-elle. Quand le calme revient, la seule issue possible est de prendre un bus jusqu’en Pologne. Une longue route, durant laquelle Sasha et Ksenya tentent de convaincre leur mère, inquiète, de ne pas faire demi-tour. Car arrivées en Pologne, la situation s’arrange enfin pour les trois femmes.

La famille ukrainienne a pu compter sur la générosité de ce polonais qui l’a conduite jusqu’à Berlin.

Sasha est soulagée : « Nous avons été accueillies par des tas de bénévoles très bienveillants. Ils nous ont fourni des vêtements, de la nourriture et même des croquettes pour le chien ». Sur place, elles rencontrent un Polonais qui leur propose de les déposer en Allemagne. Un pas de plus vers la sécurité. « Je ne sais pas ce que nous aurions fait sans lui… ».

« Mon cœur reste avec l’Ukraine »

Berlin, 22 heures. Amélie et Maxime, le couple nordiste qui les accueille, sont là. Au loin, ils remarquent la voiture arriver. Les larmes aux yeux, les retrouvailles sont un soulagement pour les deux familles. « Tout est prêt pour vous à la maison, ne vous inquiétez pas, vous êtes en sécurité maintenant », les rassure Amélie.

Lana, Sasha et Ksenya sont accueillis par tous leurs amis français à Emmerin.

« Nous sommes rassurées pour nous trois, mais on s’inquiète pour notre famille restée à Kiev. Laisser nos grands-parents là-bas était déchirant, mon cœur reste avec l’Ukraine » conclue Sacha, en pleurs. Depuis 24 heures, les trois femmes sont accompagnées dans leurs démarches : la mairie d’Emmerin leur a trouvé un futur appartement, et les habitants leur rapportent vêtements, produits alimentaires, et autres dons.

Lana et ses deux filles Sasha et Ksenya sont arrivées en France jeudi, accueillis par une famille nordiste. / Cidjy PIERRE

Cidjy Pierre