Afghans, Syriens… pourquoi traitons-nous les réfugiés ukrainiens différemment ?

Depuis le début de la guerre, ONG, citoyens européens et dirigeants se démènent pour proposer des aides aux nombreux réfugiés ukrainiens : logements, aides financières, aides de matériels… En France, malgré cette solidarité, certains s’indignent d’une différence de traitements avec les réfugiés venus d’Afrique et du Moyen-Orient. Décryptage.

Deux poids, deux mesures ? C’est bien cela que se demandent de nombreux réfugiés syriens, libyens, afghans ou autres. Dons d’argent, de produits de première nécessité, propositions d’accueil chez des particuliers, même si cet immense élan de solidarité envers les Ukrainiens fait chaud au cœur, de nombreuses personnes réfugiées en France depuis des années se sentent abandonnées. Yassin Swehat écrit dans Al-Jumhuriya (traduit par le Courrier International) : « Il ne s’agit pas de se draper dans le rôle de la victime incomprise, ni de se vexer parce qu’on n’est pas au centre de l’intérêt ou parce qu’on n’a pas réussi à prendre le dessus dans la concurrence des victimes. »

« La loi de la proximité »

Malgré tout il reste de l’incompréhension. Pourquoi les guerres au Moyen-Orient n’ont pas autant fait réagir les Européens ? Dans le Telegraph, on peut lire : « L’Ukraine est un pays européen. Ces gens regardent Netflix, ont des comptes Instagram, votent lors d’élections libres, lisent des médias non censurés. La guerre n’est plus une chose que subissent des populations pauvres dans des zones isolées ». Est-ce cette « loi de proximité » comme tente d’expliquer Olivier Truchot sur RMC ? : « Les Français se disent l’Ukrainien il me ressemble, il a la même voiture que moi. Je pourrais être à sa place. Il y a une espèce d’identification, de proximité que le Français a moins avec l’Afghan. »

« Ce n’est pas du racisme », justifie-t-il. Pourtant, la loi française peut punir ceux qui aident des personnes étrangères en situation irrégulière. Ce fameux délit de solidarité avait été reproché à Cédric Herrou, un agriculteur du sud de la France, arrêté après avoir aidé plus de 150 migrants venus principalement d’Érythrée et du Soudan entrés en France illégalement.

Du racisme à la frontière

« Bon ou mauvais réfugié », voilà des termes que l’on entend très souvent ces derniers temps. « A la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, il y a des réfugiés afghans qui attendent toujours et qui croupissent dans le froid. Et pourtant, c’est la même chose que les Ukrainiens. Ils sont le miroir de nos lâchetés et de nos incapacités dans le monde », a réagi Gauthier Rybinski, chroniqueur international pour France 24.

Ces comportements racistes et discriminants ont en effet été observés aux frontières alors que de nombreux étudiants et expatriés du Moyen-Orient et d’Afrique restent coincés dans le pays. Les femmes et enfants blancs passent en priorité plutôt que ceux issus de la diaspora africaine notamment. Ils sont forcés d’attendre plus longtemps ou doivent marcher sur de plus longues distances alors que des familles ukrainiennes sont prises en charge par des bus.

Selon les chiffres de l’Ukraine, il y aurait autour de 80 000 étudiants étrangers présents dans le pays, dont plus de 20 % originaires du continent africain. Des chiffres qui montrent l’ampleur de cette crise dans la crise. Malgré tout, le Ghana, la Tunisie, le Nigeria, l’Afrique du Sud ont tous organisé ces derniers jours des rapatriements pour leurs ressortissants.

Margaux Chauvineau