La santé mentale n’est plus tabou chez les artistes

Plus visible, davantage pris au sérieux, le sujet de la santé mentale commence à se faire entendre dans les textes des artistes grand public, tout en restant difficile à assumer pour les interprètes.

Stromae évoque ses pensées suicidaires. Fisbach, son envie de mourir. Nekfeu, ses années en thérapies. Si James Blake avoue un certain mythe sur les artistes, qu’il faudrait « être anxieux pour être créatif », reste qu’exercer un métier artistique entraînerait deux fois plus de risques pour une personne de présenter un trouble psychique, selon une étude. Le dernier album de Stromae, Multitude, regorge de paroles explicites : «Aidez-moi, j’me sens si seul. C’est mon droit d’être déprimé dans mon fauteuil» / «Le célibat me fait souffrir de solitude. La vie de couple me fait souffrir de lassitude».

Lors de son premier concert parisien, il ne se cachait même pas d’être stressé ou en manque de confiance : « ça va, ce n’est pas trop pourri ?», a lancé au public celui qui n’était pas monté sur scène depuis sept ans.

Il faut dire que Belge revient de loin : le Lariam, un médicament antipaludique, lui a provoqué de sévères effets secondaires qui ont joué sur sa santé mentale. Tous ses tourments se sont retrouvés gravés dans sa chanson, « L’enfer ».

Une prise de conscience

Mais aux États-Unis, ça n’a rien de nouveau. Des pop stars comme Justin Bieber, Selena Gomez, Billie Eilish évoquent depuis longtemps leurs troubles et l’assument. évoquent depuis longtemps leurs troubles et l’assument.

À la différence qu’aujourd’hui, elles sont entendues. Lorsque Amy Winehouse était au plus bas, on parlait de caprices ou de dérives. C’était même rock’n’roll. Les photos de Britney Spears qui se rase la tête en 2007 ont fait le bonheur de la presse à scandale qui a adoré s’en moquer.

Aujourd’hui, le sujet est pris au sérieux. Tellement que les artistes peuvent sauver des vies. Lorsque Mariah Carey a annoncé être atteinte de troubles bipolaires en 2018, c’est devenu un pic de recherches sur Google. Peu de temps après le happening de Stromae au JT de TF1, la ligne nationale de prévention du suicide a croulé sous les appels.

Reste que la question de la santé mentale est encore tabou en chanson et dans tous les genres de musique.

Le docteur Jean-Victor Blanc, psychologue et auteur de Pop & Psy, tente depuis plusieurs mois d’organiser un festival de musique et de rencontres autour de la santé mentale. Et il se heurte à la réticence de musiciens, nombreux à ne pas souhaiter devenir « le ou la dépressive de service ». Stromae serait-il plus ouvert ? Reste que le chanteur ouvre son album sur une note d’espoir. Le nom de la chanson qui ouvre le disque ? « Invaincu ».

Claire Boubert