La vulgarisation sur Youtube : une nouvelle manière d’apprendre

Arrivés en masse ces dernières années, les vulgarisateurs offrent sur YouTube une manière de s’intéresser en vidéo à des matières que l’on étudie à l’école. Des cours décomplexés et humoristiques.

Dr Nozman, vulgarisateur scientifique

Apprendre en s’amusant. En voilà un slogan que l’on a lu sur des livres, dans des cahiers ou directement entendu dans la bouche de certains professeurs. Mais depuis quelques années, pour attirer les plus jeunes, de plus en plus de vulgarisateurs voient le jour sur YouTube. En plein essor depuis la fin des années 2000, la plateforme vidéo était surtout une source de divertissements en France. Humour, sketchs, podcasts représentaient la quasi-intégralité des vidéos sur le site. Néanmoins, YouTube s’est développé et s’est surtout diversifié, si bien que l’on retrouve tout type de contenu aujourd’hui, et notamment des vulgarisateurs.

« Mon but c’est d’intéresser, pas de faire apprendre des choses »

La vulgarisation en vidéo est une manière d’aborder de manière plus ludique les thèmes que l’on peut voir en cours et surtout de développer sa culture générale. Science, histoire, philosophie, mathématiques, toutes les matières sont traitées et étudiées par des passionnés qui axent sur une expérience, un événement bien précis, le plus souvent avec une touche d’humour. Si ces vidéos permettent de s’intéresser plus facilement à des sujets qui ne passionnent pas forcément les plus jeunes, la vulgarisation ne remplace pas l’école pour autant. Ici, divertir est toujours le but premier : « Mes vidéos et l’enseignement sont deux choses complètement différentes, explique Manon Bril, vulgarisatrice historique et créatrice de la chaîne Youtube « C’est une autre histoire. » Mon but c’est d’intéresser, pas de faire apprendre des choses. Le rythme est trop rapide, et c’est trop dense pour ça. À la fin on garde une idée générale de la vidéo mais certainement pas tous les détails. Si je voulais que ce soit le cas il faudrait s’y prendre autrement. »

Diplômée d’un doctorat en histoire, Manon Bril maîtrise son sujet et a même déjà enseigné. Elle peut ainsi facilement faire la différence entre les deux pratiques. Cependant, les vulgarisateurs ne sont majoritairement pas des professionnels. Tout le monde peut poster ce qu’il veut sur YouTube. Les plus populaires sont des vidéastes passionnés et qui font énormément de recherches pour parler d’un sujet à un public souvent plus jeune et ne pas leur donner des informations erronées. Il est néanmoins possible qu’au contraire, certains profitent du succès de la vulgarisation pour surfer sur la vague sans s’y intéresser sérieusement : « N’importe qui s’improvise vulgarisateur, pour le meilleur et pour le pire. Ce n’est certainement pas tes diplômes qui font de toi un bon vulgarisateur, et tu peux faire un boulot très sérieux même si tu n’es pas spécialiste à la base. Mais le problème c’est que certains s’en contre-fichent de dire des conneries et ont parfois une très grosse audience », précise Manon Bril.

Des cours pour réviser le bac et le brevet

Cependant, la vulgarisation a aussi pris un nouveau tournant. Habitué à traiter de la philosophie sur sa propre chaîne, Cyrus North a lancé en 2017 « L’Antisèche » une chaîne Youtube qui aide directement les jeunes dans leurs études. Il réalise des vidéos pour réviser le bac, le brevet, mais aussi des conseils en tout genre, pour faire des fiches de lecture, pour choisir ses spécialités ou sur l’orientation. Son travail se fait en collaboration avec des professeurs qui l’aident à écrire. Ce sont d’abord eux qui se chargent du contenu, des cours et du savoir à transmettre pour qu’il l’adapte de la meilleure des manières : « Je suis le dernier à intervenir sur les textes. Je suis le messager entre le travail d’écriture et de recherche et je transmets aux élèves d’une manière qui va rendre le cours le moins barbant possible. Les codes YouTube (le montage, le rythme) sont intrinsèquement assez dynamiques, davantage qu’une conférence ou un cours magistral. On va ajouter dans la vidéo des illustrations, des schémas ainsi qu’une pointe d’humour pour permettre aux spectateurs de prendre des respirations. » « L’Antisèche » a un tel succès que plusieurs des vidéos ont été réalisées en partenariat avec l’Education Nationale.

Louis Havet